Le président de l’Assemblée mondiale amazighe interpelle les chefs de la diplomatie nord-africaine : il demande la dissolution de l’Union du Maghreb arabe, née en 1989 mais paralysée depuis des décennies, et propose de la remplacer par une union régionale fondée sur l’identité amazighe et les valeurs africaines.
Le 37ᵉ anniversaire de l’Union du Maghreb arabe (UMA) est passé le 17 février 2026 sans la moindre commémoration officielle. Cette discrétion en dit long sur l’état d’une organisation qui, depuis sa création à Marrakech en 1989, n’a jamais réussi à s’imposer comme un véritable moteur d’intégration régionale. C’est précisément à l’occasion de cet anniversaire que Rachid Raha, président de l’Assemblée mondiale amazighe (AMA), a choisi de hausser le ton en adressant une lettre ouverte aux cinq ministres des Affaires étrangères de la région Maroc, Algérie, Mauritanie, Tunisie et Libye pour demander purement et simplement la dissolution de l’UMA.
Une union moribonde aux blocages structurels
Pour Rachid Raha, l’échec de l’UMA n’est pas accidentel : il est consubstantiel à ses fondements. Il en identifie trois causes principales. La première est identitaire : l’appellation même d’« Union du Maghreb arabe » occulte selon lui l’histoire millénaire et l’identité amazighe des peuples d’Afrique du Nord, la rendant ni inclusive ni fédératrice. La deuxième est idéologique : l’union repose sur un arabo-islamisme qu’il juge importé et artificiellement imposé, et dont il voit les signes d’effondrement jusque dans les tribunes de la CAN 2025 organisée au Maroc, où l’absence de solidarité entre supporters nord-africains était, à ses yeux, révélatrice. La troisième est géopolitique : le conflit du Sahara occidental, entretenu depuis plus de cinquante ans par les généraux algériens au détriment des relations maroco-algériennes, a conduit à la paralysie totale de l’organisation.
L’UMA n’a plus tenu de sommet des chefs d’État depuis 1994. La frontière entre le Maroc et l’Algérie est fermée depuis lors. Et malgré les encouragements répétés de l’Union européenne qui, dans le cadre du processus de Barcelone lancé en 1995, avait explicitement inscrit dans ses accords d’association avec les pays du Maghreb l’objectif de favoriser l’intégration régionale, l’organisation n’a jamais réussi à dépasser ses contradictions fondatrices.
L’« Union de Tamazgha », une alternative pan-amazighe
En lieu et place de l’UMA, Rachid Raha propose la création d’une « Union de Tamazgha », dont le modèle s’inspirerait de l’Union européenne, mais ancré dans les réalités historiques et culturelles de l’Afrique du Nord. Cette nouvelle union serait fondée sur la Déclaration universelle des droits de l’homme et sur la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones de 2007. Elle ferait des droits des femmes, du respect de la diversité ethnico-linguistique, de la pluralité religieuse et du multipartisme ses priorités absolues.
Sur le plan institutionnel, Rachid Raha plaide pour un système fédéral accordant une large autonomie aux régions, s’inspirant des anciennes confédérations tribales amazighes. Il y voit un cadre susceptible de régler simultanément plusieurs crises : la question du Sahara occidental , à la lumière de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU d’octobre 2025, qui a consacré le plan marocain d’autonomie comme « la base la plus réaliste et la plus crédible », les aspirations kabyles en Algérie, et l’instabilité chronique en Libye.
Il s’appuie également sur des avancées institutionnelles récentes : l’Algérie a constitutionnellement reconnu la langue amazighe en 2016 et officialisé le calendrier amazigh en 2018 ; le Maroc avait fait de même pour la langue en 2011 et pour le calendrier en 2023. Ces reconnaissances mutuelles constituent, selon lui, un socle sur lequel une nouvelle solidarité régionale pourrait se construire.
Un appel symbolique, un débat réel
La lettre de Rachid Raha n’a pour l’instant pas reçu de réponse officielle des chancelleries concernées. Et il serait illusoire d’imaginer que des gouvernements souverains s’engagent à court terme sur une voie aussi radicalement novatrice. Mais la démarche illustre un débat de fond qui traverse les sociétés nord-africaines : celui de la place de l’identité amazighe dans la construction politique de la région, longtemps reléguée au second plan au profit d’un arabisme aujourd’hui contesté.
En invoquant la maxime de Massinissa — « L’Afrique aux Africains » —, le militant amazigh formule moins une proposition diplomatique immédiate qu’un défi lancé aux élites politiques nord-africaines : celui de se réconcilier avec une histoire plus ancienne, plus complexe, et peut-être plus rassembleuse que les idéologies du XXᵉ siècle sur lesquelles l’UMA a été bâtie.
Sources : lettre ouverte de Rachid Raha aux ministres des Affaires étrangères nord-africains, 17 février 2026 ; résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, 31 octobre 2025.