Bougafer : non au mépris colonial !

En 1933, sur les hauteurs de l’Adrar Saghro, les tribus amazighes des Aït-Atta opposaient à l’armée coloniale française une résistance héroïque devenue l’un des symboles majeurs de la lutte pour la dignité, la terre et la liberté. Près d’un siècle plus tard, alors que cette mémoire demeure vivante chez leurs descendants, l’hommage rendu à Alnif aux forces coloniales, sans reconnaissance des souffrances infligées aux populations autochtones, ravive une blessure historique jamais refermée.
Le Congrès Mondial Amazigh dénonce un acte qui ignore la vérité, occulte les victimes et heurte profondément la conscience des Amazighs, attachés à une mémoire juste, partagée et respectueuse des résistances qui ont façonné leur histoire.

Entre le 13 février et le 25 mars 1933, la montagne de Saghro, dans le sud-est du Maroc, a été le théâtre de la célèbre bataille de Bougafer, qui a opposé les troupes coloniales françaises à la résistance farouche des femmes et des hommes des tribus amazighes des Ait-Atta.

Sous la conduite de leurs valeureux chefs, dont Assou Oubasslam, une dizaine de milliers d’hommes et femmes amazighs résistent héroïquement pendant plus de quarante jours face à plus de 80.000 soldats français et leurs alliés, les Goumiers marocains.

Les combattantes et combattants des Ait-Atta retranchés à Bougafer n’acceptent de négocier une trêve qu’après des bombardements aériens intensifs de l’aviation française stationnée à Warzazat.

La bataille de Bougafer est demeurée inscrite pour l’éternité dans la mémoire collective des tribus Ait-Atta et de tous les Amazighs, comme un haut lieu de leur résistance contre l’invasion coloniale française et un symbole de dignité qui fait honneur aux jeunes générations.

Le 12 février 2026, nous avons appris avec effarement qu’au centre de la localité d’Alnif, Province de Tinghir, proche de l’Adrar Saghro, les autorités françaises et marocaines ont procédé à une cérémonie d’inauguration de la restauration du cimetière français dénommé « Lmdint n Iromin », abritant des sépultures de soldats français et de Goumiers marocains mobilisés par l’armée coloniale française contre les résistants amazighs autochtones.

Ainsi, près d’un siècle après, sur les terres des tribus amazighes des Ait-Atta, la France, avec ses alliés marocains, revient sur les lieux de ses crimes et pire que cela pour rendre hommage à son armée et à ses supplétifs, sans un mot pour les femmes et les hommes autochtones que cette armée française a tués, blessés, colonisés.

La France aurait pu saisir cette opportunité pour proposer aux Ait-Atta un évènement au cours duquel elle aurait reconnu ses crimes coloniaux et invité les Amazighs autochtones à construire avec elle, un avenir basé sur le respect mutuel et la coopération. Mais au lieu de l’amitié, la France a choisi une nouvelle fois de traiter les tribus autochtones avec mépris, ce qui est inacceptable et révoltant.

Aux côtés des Ait-Atta, le Congrès Mondial Amazigh dénonce et condamne fermement le comportement colonialiste de la France et particulièrement les faits suivants :

  • L’absence de reconnaissance officielle des crimes coloniaux commis par la France dans les territoires des Ait-Atta,
  • L’absence de toute démarche d’excuses, de justice ou de réconciliation,

L’hommage rendu exclusivement aux agresseurs coloniaux contre les Amazighs autochtones, sans aucun respect pour les victimes innocentes.

Les autorités marocaines, locales et centrales, doivent également être dénoncées pour leur complicité dans l’organisation de cette honteuse cérémonie d’Alnif. Le Maroc a autorisé les anciens colons et leurs Goumiers à célébrer leurs crimes sur la terre de leurs victimes. Ce faisant, l’Etat marocain a gravement failli à son devoir de protéger et de valoriser la mémoire des résistants Amazighs et l’honneur de leurs descendants.

En conséquence, le Congrès Mondial Amazigh exige une enquête indépendante pour déterminer les responsabilités et sanctionner les décideurs marocains qui ont permis cette mascarade méprisable. L’enquête devra notamment déterminer qui a autorisé ce projet et pourquoi la population locale, descendante directe des combattants de Bougafer n’a pas été consultée ?

La mémoire des Amazighs ne saurait être instrumentalisée à des fins diplomatiques, politiques, touristiques, de communication ou autre.

En tant qu’organisation internationale engagée dans la protection et la promotion des droits des Amazighs, le Congrès Mondial Amazigh, exprime sa pleine solidarité avec les descendants des combattantes et des combattants des tribus Aït-Atta, et réclame un projet pour la localisation, l’identification et la restauration des tombes des résistants amazighs tombés sur le site de Bougafer et dans d’autres lieux de batailles contre le colonialisme.

Ce travail de mémoire devra se faire impérativement avec la participation effective des populations amazighes autochtones concernées.

Les lieux, les personnages, les faits d’armes liés à la résistance amazighe doivent être dûment répertoriés par des spécialistes, protégés, valorisés et portés à la connaissance de tous et intégrés dans les programmes scolaires à des fins pédagogiques.

Le CMA appelle à une vigilance citoyenne des Amazighs, à une responsabilité institutionnelle et à une justice mémorielle conforme à l’authenticité historique.

Paris, 12.02.2976 – 24.02.2026
Le Bureau du CMA.

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