Mouvement Amazigh : un projet et des valeurs

Rédaction Amazigh 24
13 février 2012

Conférence offerte au forum international sur le thème de « LE LEADERSHIP ET LA CONSOLIDATION DEMOCRATIQUE EN AFRIQUE DU NORD », organisé par le journal « Le Monde Amazigh » et la Fondation CatDem, en collaboration avec Le Congrès Mondial Amazigh (AMA) et l’International Touareg, à Agadir, le samedi 15 octobre. Et publié dans « Le Monde Amazigh » n° 137 du mois de décembre.

Par Dr. Mouloud LOUNAOUCI*

Quelques concepts

Les mots sont souvent polysémiques et portent en eux des ambigüités à l’origine de nombreuses incompréhensions. Pour que le contenu de notre communication ne soit pas  réinterprété, nous pensons utile de définir quelques concepts essentiels que nous allons utiliser.

Valeurs

Nous avons repris pratiquement in extenso quelques phrases de Christian Jambet qui a introduit Le crépuscule des idoles de Friedrich Nietzsche-Sigma Edition- et qui nous semblent en accord avec notre propre compréhension des valeurs.
« Les valeurs sont les fondations de notre conception du monde et, par conséquent, de notre monde lui-même…Les catégories qui fondent nos manières de faire et de penser sont créatrices d’un monde ».
« Le monde ne peut se rassembler qu’à la condition qu’un réseau de valeurs (aptes à supporter l’universalisme) assure, à priori cette cohérence ».
Il ajoute que ces valeurs « ne sont pas éternelles pas plus qu’elles ne sont « passées » ou à « venir… Leur transmutation n’est pas la substitution des valeurs contraires à celles qui ont eu cours jusqu’à présent…mais un événement initial ».
En d’autres termes, Les valeurs sont un prisme au travers duquel on perçoit son monde. Un monde en éternelle reconstruction qui implique conséquemment une remise en question permanente de tout ce que nous avions comme certitude. Une auto-évaluation de nos  pensées, idées et comportements qui nous permet de toujours faire un tri dans nos valeurs pour ne garder que celles qui contribue au bonheur de l’humanité toute entière.

Démocratie

Trop souvent, la compréhension qui est faite de la démocratie n’est pas très loin de celle de Alexis De Tocqueville qui la définit comme « tyrannie de la majorité ». Au contraire, nous pensons que le choix qui est fait, certes par la majorité, doit conforter la minorité qui doit bénéficier de tous ses droits citoyens, notamment identitaire, culturel, linguistique, cultuel mais aussi économique. Dans un tel système, le rapport dominant/dominé doit céder devant le rapport d’égalité des droits en permettant aux communautés propres de se prendre en charge, en disposant de territoires suffisamment autonomes qui permettent une véritable autogestion.

Laïcité

Un raccourci récurrent veut que l’on définisse la laïcité comme étant « la séparation du pouvoir religieux du pouvoir politique ». On omet ainsi de parler  de la nature de l’Etat, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les supputations. Ainsi, les pays arabo-musulmans, tous centralisateurs quand ils ne sont pas tout simplement dictateurs associent la laïcité au clergé (en faisant fi de la capacité des mots à évoluer)  ou carrément à l’athéisme.
Pourtant, ce concept est synonyme de progrès et d’inter-tolérance. Il signifie pour un Etat la capacité d’assurer une entente entre les citoyens de religions différentes (ou d’agnostiques). Un tel Etat s’interdit alors de proclamer une quelconque religion comme étant la religion de la nation. Il nous semble clair que dans le cas contraire (quasi-totalité des pays arabo-musulmans) l’égalité des droits citoyens ne peut être garantie. C’est ainsi que la chasse aux incroyants et aux pratiquants des cultes, autre qu’islamique est devenue, dans ces contrées, une action de « salubrité publique ».

 

Introduction

Existant historique, l’Afrique du Nord n’a pas connu de répit depuis 814 avant JC. De tout temps un conquérant en a chassé un autre. Cette région du monde qui a côtoyé de nombreuses civilisations a acquis, grâce à cette ouverture, des valeurs de tolérance. L’acculturation, résultat de l’apport des peuples conquérants n’a pas eu que des effets négatifs, le peuple Amazigh s’étant enrichi de leur culture. Phéniciens, Romains, Vandales, Byzantins, Arabes, Turcs et Européens (principalement Français) ont participés activement à asseoir une identité amazighe qui est malheureusement amputée de nombreuses composantes. Aujourd’hui, l’arabo-islamisme, avec ce qu’il charrie comme exclusivisme et intolérance,  s’est imposé comme  identité unique poussant l’absurdité jusqu’à nier l’amazighité comme socle de la personnalité nord-africaine. Pire cette amazighité a été combattue avec force, faisant de son éradication  l’objectif essentiel pour que ne survive qu’une idéologie, l’exact contraire des valeurs portées par l’amazighité.

Historique du mouvement amazigh

Il n’est point utile d’aller chercher les racines du mouvement dans l’histoire antique ou médiévale de l’Afrique du Nord même si par ailleurs nous pouvons en tirer nombre d’enseignements. Rois, papes, évêques, empereurs mais aussi théologiens, géographes, grammairiens, sociologues…sont issus des entrailles de Tamazgha (Berbèrie) et ont participé grandement à l’évolution de la civilisation universelle. Cette longue histoire d’occupation a été jalonnée de mouvements de contestation car, très tôt s’est constituée une prise de conscience nord-africaine. Circoncellions et donatistes, Kharéjites et Berghwatistes font partie de cette veine revendicatrice qui a, tout le long de ces occupations, participé a construire une pensée propre qui a permis de survivre à la force brutale.
La revendication contemporaine, dans sa forme moderne, remonte quant à elle au début du vingtième siècle. La création du parti indépendantiste, l’Etoile Nord-Africaine (ENA), de par même sa dénomination impliquait une unité de lutte des pays d’Afrique du Nord, même si les fondateurs avaient pour objectif essentiel la libération de l’Algérie. La question amazighe n’y était pas explicitement revendiquée mais la composante humaine du mouvement, Kabyles dans sa quasi-totalité, présageait sa prise en charge.
Lors de la formation du Parti du Peuple Algérien (PPA), la revendication amazighe est assumée par des cadres nationalistes. La crise dite « berbériste » de 1949 a été à l’origine de purge et d’élimination des principaux éléments dits subversifs. Pour tout dire, jusqu’à 1962, l’amazighité a été soit combattue par les forces arabo-islamistes du mouvement national soit renvoyée aux calendes grecques  faisant de l’indépendance du pays la priorité unique.
Le Maroc, sous le régime du protectorat n’a pas connu la même trajectoire mais étant le plus  peuplé en amazighophones, il a su préserver langue, culture et traditions. Son attachement historique à l’identité amazighe explique le dynamisme de l’actuel mouvement amazigh, aujourd’hui le mieux structuré.
Les indépendances n’ont, bien entendu, pas répondu aux espoirs. La question amazighe a été éludée par tous les gouvernements nord-africains. Il est vrai que les textes fondateurs des mouvements de libération l’ont totalement ignorée, faisant de l’idéologie arabo-islamique l’unique référence des textes fondamentaux des pays nord-africains nouvellement indépendants. Dés lors, tous les contestataires, individus ou groupes, ont été sévèrement réprimés.
Le printemps amazigh de Kabylie aura coïncidé avec des événements, de même nature, au Maroc. Cette revendication/contestation portée par la rue a permis d’arracher des acquis majeurs.  Les mouvements amazighs algériens et Marocains ont aboutit à des résultats inimaginables il y a à peine quatre décennies. Prise en compte institutionnelle de l’identité, enseignement de la langue, formation post-graduée, création d’instituts (HCA, IRCAM) sont quelques exemples de l’avancée amazighe.
La naissance du Congrès Mondial Amazigh (CMA) en 1995, aura également été un moment décisif dans la vie du mouvement. Il aura permis d’internationaliser une question  cloitrée jusque là au niveau des espaces nationaux sans possibilité de passerelles et donc sans possibilité d’unir les forces.
Du point de vue constitutionnel, après le statut de langue nationale acquis en Algérie, le Maroc a enregistré un bond inespéré puisqu’enfin le tamazight est langue officielle au même titre que l’Arabe. Tout n’est pourtant pas encore gagné puisqu’en ce domaine rien n’est jamais irréversible. Les rapports de force doivent donc être constants pour que ne se réveillent pas les vieux démons.
Sur le plan des textes fondateurs, le mouvement s’est doté d’un certain nombre d’écrits. Nous pouvons citer notamment la synthèse du premier séminaire de Yakouren-Algérie (1980), Les actes du deuxième séminaire de Tizi-Ouzou (1991), La charte d’Agadir (1991), La plate-forme du troisième séminaire de Tizi-Ouzou (2003) mais aussi les divers textes du CMA (1995).
Reste, cependant, à transcrire les valeurs portées par le mouvement pour les fixer, sans les figer, comme minimum exigé dans ce qui est, il faut le dire, son idéologie. Cette dernière n’est, en fait qu’un garde-fou qui empêchera les extrémistes de tous bords de s’exprimer en son nom et d’éviter tout « entrisme manipulatoire ».

Valeurs fondamentales du mouvement

La question du sigle

Le terme amazigh s’est totalement socialisé en Afrique du Nord et il est, aujourd’hui, accepté par les organismes internationaux, comme terme générique pour désigner le peuple autochtone nord-africain. Il faut préciser que cette dénomination a été choisie consensuellement par toutes les communautés amazighophones pour désigner leur mouvement.
Le choix du sigle MCA (Mouvement Culturel Amazigh) se justifierai, donc, amplement. Néanmoins, le mouvement connu en Kabylie sous le sigle MCB (Mouvement Culturel Berbère) perdrait son historicité. Le changement brutal risque de faire perdre à la population ses principaux repères.
Peut-être faut-il penser à une substitution douce en signant sous le double sigle MCB (MCA) ou l’inverse pendant une durée à déterminer avant que le terme berbère ne disparaisse à jamais. Le problème ne se pose pas, heureusement dans les autres zones amazighophones.

Qu’entend-on par mouvement amazigh ?

Ce mouvement se définit comme force politique supra-partisane. Il s’est toujours astreint à refuser toute idée de violence. Emprunt de valeurs humanistes il a toujours prôné les actions pacifiques face aux pouvoirs autoritaristes et oppresseurs. Moderniste et progressiste, il se veut universaliste et tolérant. Il condamne, en conséquence toute idée fasciste et xénophobes.
    
Né des luttes démocratiques dont il est le produit, il a été à son tour le père fondateur de nombreuses organisations se revendiquant des droits de l’homme. C’est ainsi que le MCB (Algérie) a créé la première ligue algérienne des droits de l’Homme. C’est pour les mêmes raisons que le mouvement amazigh a été un élément moteur dans les revendications marocaines de 2010.
Ce mouvement inscrit, à ce jour, son combat dans la lutte universelle contre l’obscurantisme, le népotisme et l’intolérance.

Notion de progrès

Loin des valeurs rétrogrades, le mouvement ne peut que prôner des idées et des comportements rationnels. Il ne fait donc pas siennes les traditions qui poussent à la régression. Il croit fermement en l’évolution positive de l’homme et adhère à toute idée de progrès dont le savoir scientifique est la pierre angulaire.
Il rejette, de ce fait, toute alliance avec les forces de la régression.
Par conséquent, il sépare le domaine de la raison de celui de la spiritualité qu’il respecte mais qui demeure l’affaire de l’individu.

Mouvement Amazigh et histoire

L’enseignement de l’histoire dénué de tout calcul politicien permet de placer des repères important dans la vie de la nation. Les mythes sont, en effet, toujours fondateurs. C’est pourquoi le Mouvement Amazigh tout en assumant tout le passé (y compris ses facettes négatives) préconise l’enseignement des faits et événements amazighs. C’est ainsi, pour simple exemple, qu’entre Koceilla et Sidi Okba, le premier cité doit représenter le mythe fondateur en tant que combattant de la liberté et le deuxième simplement présenté en conquérant quelque soit par ailleurs la « noblesse » de sa mission. De nombreux exemples de ce type peuvent être cités dans la longue histoire de Tamazgha.
Cette dernière, faite de conquêtes, doit être revisitée car écrite, toujours, par les historiens de la culture conquérante. Il nous appartient donc de faire connaître aux Imazighens nos personnages historiques et toutes les phases valorisantes qui aideront à affermir notre fierté identitaire et notre loyauté envers notre langue.

Mouvement Amazigh et la question linguistique

Le Mouvement Amazigh considère qu’il n’y a pas de grandes et de petites langues et pense qu’elles font toutes parties du patrimoine universel. C’est pourquoi notre mouvement s’interdit toute forme de hiérarchisation linguistique. Notre mouvement respecte tout idiome et lutte pour sa prise en charge par l’Etat. A ce titre le Mouvement Amazigh considère les langues nationales que sont l’arabe et le tamazight doivent bénéficier de tous les moyens pour leur développement et épanouissement. Le tamazight doit, toutefois, bénéficier d’un coefficient de réparation historique pour rattraper le retard pris sur la langue arabe.
La langue française, véritable langue de travail doit, elle aussi, être encouragée. Cet outil linguistique doit être largement diffusé afin que tout nord-africain puisse en avoir la maîtrise.
Le Mouvement Amazigh ouvert sur le monde, encourage l’apprentissage de toute langue en tant que bien culturel et scientifique appartenant à toute l’humanité.

Mouvement Amazigh et la question identitaire

Conscient que l’identité ne peut être que plurielle et évolutive, le Mouvement Amazigh revendique tous les matériaux historiques qui ont contribué à construire l’originalité du peuple amazigh. Si le socle identitaire n’est qu’amazigh, le Mouvement considère l’acculturation multiple de son peuple comme positive. On ne saurait, donc,  amputer sa personnalité d’une quelconque richesse apportée par les peuples qui l’ont côtoyé. Toutefois, la nation étant forcément multi-cultuelle (Et pour nombre de citoyens libertaires) on ne saurait inclure la religion dans la définition de l’identité nationale.
Plutôt que de parler d’identité, le mouvement estime qu’il est souhaitable de parler de processus d’identification. Il s’agit, en effet, d’un phénomène dynamique qui permet, à chaque moment de l’histoire, de se reconstruire même si le socle, fait de constantes immuables, demeure le même.
En d’autres termes, si l’édifice identitaire nord-africain a pour fondation l’amazighité, le reste de la construction s’est faite avec des matériaux qui sont d’ordre historique, culturel, sociologiques, politique…Il est pour cela dangereux de se figer dans une identité qui ne tienne pas compte de toutes ces variables.
Ayant pris acte de cela, le mouvement amazigh ne peut que défendre la prise en charge de toutes les cultures qui ont façonné  l’identité actuelle du peuple amazigh.

Mouvement amazigh et la question linguistique

L’enseignement

En Algérie, la distance linguistique entre les dialectes ne permet pas, toujours, une intercompréhension. En attendant de construire une langue mononormée qui peut prendre plusieurs décennies (90 années en moyenne) le mouvement amazigh algérien fait le choix de la polynomie. C’est à dire qu’il appartiendra à chaque région dialectophone d’enseigner son propre parler. Il faut, toutefois, dans le cadre de cet enseignement, privilégier les zones de convergences, autrement dit, donner la priorité à ce qui nous est commun. Il faudra veiller, aussi, à créer un centre de terminologie commun à même de partager une même néologie qui représentera, de fait, l’essentiel de la langue.
Au Maroc, où l’intercompréhension pose moins de problème, le choix est porté sur l’enseignement d’une langue unique. Ceci a pour avantage un gain de temps pour normer et standardiser la langue.
Comme pour la question du caractère graphique, le mouvement amazigh encourage ces deux démarches qui respectent les différentes situations linguistiques et qui aboutissent à terme aux mêmes objectifs qui permettront aux Imazighen une totale intercompréhension.

Du point de vue didactique, le mouvement amazigh préconise que les textes pédagogiques reflètent les réalités socioculturelles qui permettent de faire coïncider terme et image mentale. L’élève s’oblige, ainsi à donner du sens en puisant dans ses propres référents. En effet, il est difficile pour un enfant de saisir le sens d’un mot se référant à un objet (ou notion) qui ne fait pas partie de son environnement.

La question du statut

Sur le plan du statut externe de la langue, le mouvement amazigh considère tout enseignement facultatif comme dévalorisant et donc démobilisant. En effet, un tel choix n’induit  pas de dividendes matériel et/ou symboliques à même de garantir la pérennité de la langue (n’oublions pas que 25 langues meurent chaque année à travers le monde). Au contraire un enseignement obligatoire élargi la demande sociale et oblige l’Etat à créer des postes de travail dans la langue. La « langue du cœur » qu’était le berbère devient alors la « langue du pain ». Le statut de langue officielle est donc une exigence dans toutes les régions nord-africaines où vivent des locuteurs en langue amazighe, à condition que ce statut ne soit pas vidé de son sens autrement dit que l’utilisation du tamazight soit réellement effective dans la société.

Le support graphique

Le choix du graphème (alphabet de transcription) n’est pas neutre. Toutes les écritures peuvent transcrire toutes les langues. Les arguments pseudo-scientifiques invoqués, pour défendre un type de transcription plutôt qu’un autre, sont fallacieux. Le choix d’une écriture est éminemment  idéologique. Ce dernier explique le choix de la graphie latine, principalement en Kabylie et celui du tifinagh au Maroc. Les Kabyles pensent atteler leurs wagons au monde développé tout en conservant le graphème amazigh pour des raisons symboliques et pour sauvegarder le patrimoine scripturaire qui est le leur. Pour ces raisons le Mouvement Amazigh kabyle préconise l’utilisation du tifinagh dans certains lieux et places (panneaux de signalisation, enseignes, publicité, marques…),
Au Maroc le choix est arrêté pour l’utilisation unique du tifinagh. Il s’agit d’un compromis nécessaire entre les partisans du caractère arabe et ceux du caractère latin.
Le mouvement Amazigh prend acte et préconise l’utilisation des deux transcriptions. Le temps fera son œuvre et le caractère qui aura conquis le plus de locuteurs imposera son hégémonie.

Mouvement Amazigh et société

Toute société a son fonctionnement propre. Le Mouvement Amazigh préconise à ce titre que soit réhabilitée l’organisation de la cité amazighe. Il n’est pas dans notre esprit de revenir à une structure archaïque mais de moderniser ce qui a toujours fonctionné. La représentation familiale au sein d’un comité de village, la recherche du consensus, les actions de solidarité, la prise en charge  collective des nécessiteux, les activités participatives… doivent être remises au goût du jour. Le retour au code villageois réaménagé (qui pourrait s’étendre aux quartiers dans les villes) permettrait de prendre en charge les petits délits et les mésententes de voisinage par le recours aux solutions à l’amiable, ce qui aurait pour effet de désencombrer largement les tribunaux. Cette justice de proximité aura, également,  pour effet de rétablir une sérénité aujourd’hui perdue.

Mouvement Amazigh et pouvoir politique

Mouvement non partisan, le Mouvement Amazigh n’a pas la prétention de se substituer aux partis politiques dont il accepte les militants qui se reconnaissent dans les valeurs véhiculées par le mouvement.
Le Mouvement Amazigh n’a pas, aussi, vocation à revendiquer tout ou partie du pouvoir politique. Néanmoins, le mouvement est, et demeure un acteur important dans la vie de la nation. Il prendra position sur toutes les décisions politiques issues du pouvoir et des partis. Il condamnera toute idée contraire aux valeurs dont il se réclame. Il encouragera, au contraire, les partis qui auront inscrit dans leur programme ses revendications et  leur offrira sa disponibilité pour toute aide allant dans ce sens.

Mouvement Amazigh, Etat et nation

L’Etat

Convaincu que toutes les nations ne peuvent être que plurielles (pluralité culturelle, linguistique, religieuse…) le Mouvement amazigh prône un Etat en mesure de respecter cette pluralité. Il se place en opposition contre tout Etat qui impose l’uniformisation citoyenne. Il ne peut, par conséquent, soutenir un Etat basé sur le centralisme jacobin, omniprésent et omnipotent. Au contraire il préconise l’autogestion régionale qui est une forme d’Etat de proximité. En effet, seul ce fonctionnement administratif de la nation est compatible avec les revendications historiques et essentielles du Mouvement Amazigh, notamment la question de la territorialité avec ce que cela suggère comme autonomie régionale. L’Etat Unitaire Régionalisé (dans chaque nation nord-africain) est souhaité par le Mouvement parce qu’il permet une gestion des espaces dans leurs spécificités. Ainsi à coté d’un gouvernement et d’un parlement national dont les compétences sont limitées aux fonctions régaliennes, il y aurait des gouvernements et parlements régionaux qui récupéreraient toutes les autres compétences. Il faut préciser que par régions on entend les régions naturelles (les plus homogènes possible) et non administratives. La concurrence entre ces régions aura par émulation, un effet d’entraînement dans le développement économique et social du pays tout entier.

La question des élections

Force politique, parce qu’il a la prétention de s’impliquer dans la vie de la nation, le Mouvement Amazigh aura à s’exprimer au moment des joutes électorales. Il aura à prendre position clairement en appuyant le ou les candidats qu’il estime porteur de ses revendications et de ses valeurs.
Toutefois, nul n’a le droit de se porter candidat en son nom, le Mouvement Amazigh étant ouvert à tous les courants politiques.

Son rapport à la nation

La composante humaine d’une nation n’est jamais homogène. Les citoyens peuvent avoir des cultures, des langues mais aussi des religions différentes. Le Mouvement Amazigh, parce qu’imprégnée de valeurs de tolérance, entend construire de multiples passerelles pour que les nationaux s’acceptent dans leur différences. Le ciment liant, est la volonté de construire un espace de vie qui soit agréable à la fois pour l’individu et pour les communautés. Le Mouvement Amazigh encourage l’enseignement des langues parlées dans le pays à tous les nationaux. Cela permettra un rapprochement et une intercompréhension pour mieux affermir l’unité.
Sur le plan cultuel, Le Mouvement Amazigh est d’essence laïque et trouve normal que se côtoient en bon voisinage les différentes religions de l’Afrique du nord. Les règles élémentaires du droit internationales rejettent la citoyenneté du deuxième collège. Nul ne peut donc prétendre à un quelconque privilège pour un quelconque prétexte.
 

Mouvement Amazigh et religion

Respectueux de toutes les religions qu’il considère comme faisant partie de la sphère privée, le Mouvement Amazigh se définit comme un mouvement laïc et se défend d’interférer dans les questions d’ordre cultuel. Tolérant, le Mouvement amazigh accepte dans ses rangs tous les défenseurs de l’amazighité quelque soit le sexe, la langue, la nationalité ou la religion.
Par contre il refusera toute adhésion prônant un quelconque extrémisme. Il ne sera pas non plus un lieu de rencontre pour des aventuriers en mal de reconnaissance sociale.

La question de la femme

Prônant les droits humains, le mouvement amazigh assume totalement l’égalité entre l’homme et la femme. Il rejette, pour cette raison, tout statut personnel qui ne soit pas en accord  avec cette évidence. Cette égalité doit se concrétiser au niveau social, éducatif et dans le monde du travail notamment l’accès aux responsabilités sans restriction et au niveau de la politique salariale. En accord avec les textes internationaux, Le mouvement amazigh estime que la femme doit jouir de la totale citoyenneté. A ce titre il condamne la polygamie qui est l’une des formes les plus poussées de l’avilissement de la femme.

Le rapport à la culture et la question de l’universalité

Le mouvement amazigh rejette tout autisme culturel, S’il encourage la culture spécifique, il ne la conçoit que si elle se coule dans le moule de la culture universelle. Le repli sur soi, même s’il est sécurisant, est toujours stérilisant. Imprégnée de valeurs de tolérance, il encourage l’ouverture d’esprit et le rapprochement vers l’autre. Le mouvement estime que toute amputation d’une culture locale ou régionale est un appauvrissement du patrimoine culturel universel.

La lutte contre la xénophobie et contre  le racisme

Faisant sienne  la convention des droits de l’homme, le mouvement amazigh lutte contre toute forme d’intolérance. Il n’aura de cesse de combattre, entre autres injustices, la xénophobie et le racisme. Le mouvement considère que le genre humain est un et qu’il ne peut y avoir de hiérarchie raciale entre les hommes. La couleur de la peau, la langue, l’identité, la culture, la religion et/ou la classe sociale ne peuvent justifier une quelconque ségrégation.
 

La question des libertés et droits individuels et collectifs

L’homme est un être social et ne peut donc se séparer de sa communauté qui le sécurise et qui l’éduque. Il bénéficie ainsi de la solidarité de groupe auquel il s’identifie. C’est en ce sens que le mouvement défend les libertés collectives,  celles qui permettent aux cultures et identités spécifiques de s’exprimer.
Ces communautés humaines ne sauraient toutefois être castratrices. L’homme, en tant qu’individu, doit pouvoir s’assumer en tant que tel dans le respect du groupe qui l’a construit.

Le droit au savoir et à l’éducation

L’égalité des chances doit être la règle pour tous les citoyens. Indépendamment de la classe sociale, tous les enfants doivent pouvoir accéder au savoir et à l’éducation. La hiérarchie et le statut de l’adulte ne doivent être que le résultat des efforts consentis durant son itinéraire de vie ainsi que des ses compétences.

La solidarité avec les peuples réprimés dans leurs droits historiques

Sous tous les cieux et en tous les temps, les dominants ont imposé leur dictat. Maitres de la cité, disposant de tous les pouvoirs, leur hégémonie s’est exprimée sur le plan culturel, linguistique, cultuel économique et politique.
Le mouvement amazigh représentant un peuple qui a subit toutes ces exactions ne peut que comprendre la situation des peuples minorés et se solidariser avec eux. Le mouvement estime que l’utilisation et l’enseignement d’une langue et la pratique d’une culture sont un droit inaliénable dès lors qu’il y a demande sociale. Le mouvement pense que toute communauté spécifique est en droit d’exiger à se prendre en charge dans le cadre de régions autonomes sans pour cela remettre en question l’unité du peuple.  
En ce sens, les peuples dominés doivent tisser des liens de solidarité en créant des structures communes qui puissent défendre leurs intérêts au niveau des institutions internationale.

L’Afrique du Nord des régions et la méditerranéité

Aucune nation actuelle composant l’Afrique du Nord n’est viable, à moyen terme, face aux puissances économiques qui se regroupe en grands ensembles (ALENA, ASEAN, CE…).
L’UMA, première tentative de regroupement est moribonde parce que minée par des questions idéologiques, des intérêts claniques et des nationalismes chauvins.
Le mouvement amazigh souhaite la reconstruction de cet existant historique qu’est l’Afrique du nord, qui ne soit pas celui des nations frileusement centralisées.
Une confédération nord-africaine rapidement transformé en un Etat fédéral disposerait d’atouts importants à faire valoir face au monde développé.
La longueur de sa côte, sa position géographique font que cet ensemble peut-être une véritable interface entre l’Europe d’une part, l’Afrique et le Moyen-Orient d’autre part.

Les liens historiques que l’Afrique du nord a tissés durant de nombreux siècles avec les pays de la rive nord de la méditerranée, la proximité avec l’Europe, les rapports commerciaux importants doivent nous amener à construire un véritable espace méditerranéen qui soit économique et pourquoi pas politique. Cette entité serait alors la jonction entre l’Europe et l’Afrique.

Conclusion

Le monde subit actuellement de profonds changements.  Il est traversé par des courants divers et malheureusement pas toujours heureux. La violence gagne du terrain au nom d’idéologies que nous espérions définitivement enterrée avec la fin du nazisme. C’était  sans compter sur la nature humaine d’où surgit de manière récurrente son animalité.

Au nom de la pensée unique on s’autorise à condamner tous ceux qui pensent différemment. La raison et la rationalité sont mises à mal. La violence s’est banalisée et la force fait loi. Au nom de sacro-saints canons idéologiques la pluralité et la diversité sont décrétées hors-la-loi. L’injustice fait désormais partie de notre quotidien et la pauvreté et la maladie prennent de plus en plus d’espace.

Des millions d’enfants dans le monde sont privés d’éducation et sont envoyés au front dans des guerres sans nom. Des idéaux absurdes mobilisent des pans de populations de plus en plus grands.
Nous vivons un siècle où s’affrontent, il faut l’admettre, les forces qui avancent et les forces qui reculent, celles qui prônent le progrès et celles qui promettent l’obscurité.
Le mouvement amazigh, parce que mû par des valeurs humanistes se veut résolument moderniste. Il entend participer, à son niveau,  aux mouvements de démocratisation qui s’organisent dans toutes les parties du monde pour instaurer la paix.   
C’est pourquoi, le mouvement Amazigh souhaite participer à la construction d’une internationale progressiste (à construire) qui aura pour mission  de placer l’Homme au centre des intérêts loin des idéologies fondamentalistes et intégristes mais aussi loin de la vénalité d’un capitalisme non régulé.

Le mouvement amazigh, loin de toute résignation croit assurément à la victoire des valeurs positives et à la construction d’un  monde meilleur.

*Conférence offerte au forum international sur le thème de « LE LEADERSHIP ET LA CONSOLIDATION DEMOCRATIQUE EN AFRIQUE DU NORD », organisé par le journal « Le Monde Amazigh » (AMA) et la Fondation CatDem, en collaboration avec Le Congrès Mondial Amazigh et l’International Touareg, à Agadir, le samedi 15 octobre. Publié dans « Le Monde Amazigh » n° 137 du mois de décembre. Autorisation de reproduction Kabyle.com Amazighnews.com.

**Dr. Mouloud LOUNAOUCI est universitaire, Membre fondateur du Mouvement Culturel Berbère en Algérie et Membre fondateur du Congrès Mondial Amazigh.

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