Constantine s’agite. Ces jours-ci, les réseaux sociaux algériens débattent avec passion autour d’une question qui semblait réglée : où repose vraiment le plus grand roi amazigh de la Numidie ? Un utilisateur a partagé des photos du tombeau près de Constantine, fermé par une grille, sans panneau explicatif, sans âme qui vive. « Aucun panneau, aucune explication. Grillé fermée, impossible d’accéder. Aucun employé pour surveiller, totalement à l’abandon, » écrit-il, pince-sans-rire : « Ce n’est pas comme s’il s’agissait du plus grand roi berbère de la Numidie. »
La question se pose alors naturellement : il y a vraiment deux mausolées de Massinissa ? Ou c’est juste un site oublié par les autorités ?
Un trésor découvert, des artefacts précieux
Mokrane Amazigh, passionné d’archéologie, intervient pour clarifier. Le mausolée existe bel et bien. Il s’appelle le Soumaâ du Khroub et c’est l’un des rares mausolées numides qui a conservé ses trésors intacts. Lors des fouilles, les archéologues ont découvert des objets remarquables : deux urnes brisées, une tunique, un casque destiné à protéger la tête et la nuque du défunt, une épée en bois de cèdre, un poignard, et même un médaillon gravé du relief de Neptune, le dieu des mers que les Numides appelaient le Dieu Amazigh.
Tous ces objets sont aujourd’hui conservés au Musée de Cirta à Constantine. Ils constituent une fenêtre précieuse sur la vie et le statut du roi numide, d’où qu’il soit exact que le tombeau porte son nom.
Mais il existe une nuance : les historiens débattent toujours. Certains pensent que ce mausolée appartenait à Massinissa, le grand unificateur numide. D’autres penchent pour Micipsa, son fils et successeur. Aucune certitude absolue : juste des hypothèses savantes et des indices archéologiques.
Un débat qui cache un malaise
Mais rapidement, les commentaires se multiplient. Certains défendent le site : « C’est faux, le monument est bien entretenu, il y a des gardiens 24h/24, » proteste un internaute. Un autre raconte sa visite : « J’étais hier, c’était ouvert et je crois bien qu’un vieux bassass était à l’entrée. »
Aghyul insiste : quand il y est allé, il n’y avait personne. « Peut-être que c’était midi, » concède-t-il, « mais ce n’est pas une raison. » La vraie critique ? L’absence de panneau, d’explication, le sentiment d’un site abandonné.
Et là, le débat bascule. Ce n’est plus vraiment sur l’existence du mausolée. C’est sur la question plus profonde : pourquoi le patrimoine numide est-il si mal valorisé en Algérie ? M Sami pose la question crûment : « C’est l’état de la première mosquée d’Algérie. Le gouvernement s’occupe uniquement des sites romains et français. Il s’en fiche des autres lieux. »
LeSphinx007 appelle à l’apaisement : « Plutôt que de critiquer, faites des suggestions. Les Algériens respectent les morts comme ils signent un engagement patriotique. Tous les Algériens ont dans leur cœur l’amour de leur patrie. »
Deux mausolées ? Non. Un problème ? Oui.
La réponse à la question initiale est simple : il n’existe qu’un seul mausolée archéologiquement établi, le Soumaâ du Khroub. Les reconstitutions numériques qu’on voit circuler sont juste des tentatives d’imaginer comment le monument aurait pu ressembler à l’époque. Pas de « deuxième mausolée. »
Mais le vrai problème, lui, est bien réel. C’est un site historique d’importance, qui renferme des artefacts exceptionnels, et qui reste inaccessible, sans explication, sans visite guidée. C’est un site qui illustre l’histoire de la Numidie, du royaume numide, d’une civilisation qui a marqué l’Afrique du Nord bien avant Rome.
Et pourtant, il reste entre quatre murs, inaccessible au grand public, comme si personne ne savait quoi en faire.
L’histoire qui attend
Peut-être qu’un jour, le mausolée de Massinissa ou de Micipsa, redeviendra ce qu’il devrait être : un lieu où les Amazighs algérianisés peuvent se reconnecter avec leur passé. Où les enfants peuvent apprendre qui était vraiment Massinissa, ce roi qui a unifié la Numidie. Où des guides expliqueraient l’histoire de ces urnes, ce poignard, ce médaillon au relief du dieu Neptune.
Pour l’instant, le débat persiste sur les réseaux. Il y a quelque chose de symbolique là-dedans : le mausolée du plus grand roi amazigh enfermé derrière une grille, sans explication, pendant que ses trésors dorment dans un musée. Peut-être que c’est ça, la vraie question qu’on devrait se poser.
Rédaction Amazigh 24