Maroc : le Congrès Mondial Amazigh fixe ses exigences au gouvernement de Fatima Zahra El Mansouri

Une semaine après la nomination de la première femme à la tête du gouvernement marocain, le Congrès Mondial Amazigh (CMA) salue un geste « positif et encourageant », mais exige une rupture nette avec les exécutifs précédents. Au cœur de ses revendications : l’application effective de l’officialisation de la langue amazighe, la fin des discriminations, le droit de créer des partis amazighs et la libération de Nasser Zefzafi.

Une nomination historique, accueillie sans complaisance

Le roi Mohammed VI a nommé Fatima Zahra El Mansouri cheffe du gouvernement le mardi 29 septembre 2026, après la victoire du Parti Authenticité et Modernité (PAM) aux législatives du 23 septembre. Ancienne maire de Marrakech, elle devient la première femme à diriger un gouvernement dans le royaume .

Dans un communiqué daté du 4 octobre 2026 – 22.09.2976 du calendrier amazigh, le Bureau du CMA « prend acte » de cette nomination. Mais l’organisation rappelle aussitôt que Mme El Mansouri siégeait depuis 2021 dans le gouvernement d’Aziz Akhannouch, au ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville.

Pour le CMA, elle partage donc la responsabilité d’un bilan qu’il qualifie d’« exécrable » sur la question amazighe.

Des régions amazighes laissées pour compte

Le CMA tient le gouvernement sortant, comme ceux qui l’ont précédé, pour responsable de la situation des territoires majoritairement amazighs : le Rif, les montagnes de l’Atlas, l’Assamer et le Souss.

Selon l’organisation, ces régions restent maintenues dans la pauvreté et la marginalisation socioéconomique. Le CMA dénonce aussi la spoliation des Amazighs de leurs terres et de leurs ressources naturelles.

La tamazight, langue officielle sur le papier

Les droits linguistiques et culturels des Amazighs sont reconnus par la Constitution depuis 2011. La loi organique n° 26-16 de 2019 encadre la mise en œuvre du caractère officiel de la langue amazighe.

Sur ce point, le CMA juge le gouvernement « complètement hors-la-loi ». Des associations amazighes ont porté plainte contre l’État. Les enseignants de tamazight manifestent régulièrement, comme ce dimanche 4 octobre 2026 à Rabat.

Le CMA attend deux réponses :

  • de la justice marocaine, une sanction sévère de l’État ;
  • du nouveau gouvernement, un plan d’action contraignant adopté en urgence, pour généraliser l’amazighe dans les administrations et son enseignement à tous les niveaux, du préscolaire à la terminale.

Discriminations, partis politiques et détenus du Hirak

Aux côtés des populations amazighes, le CMA exige la fin des discours de haine, du racisme et des discriminations anti-Amazighs. Il demande la mise en œuvre d’un plan d’action recommandé par les Nations unies en 2019, avec des mesures juridiques, politiques et économiques.

L’organisation réclame aussi la levée immédiate de l’interdiction faite aux Amazighs de créer des partis politiques. Elle souligne le contraste avec les dizaines de partis arabistes et islamistes autorisés.

Enfin, le CMA s’appuie sur un avis de l’ONU adopté en 2024, qui qualifie d’arbitraire la détention de Nasser Zefzafi, figure du Hirak du Rif. Il exige :

  • sa libération immédiate et celle de ses camarades détenus ;
  • leur indemnisation et leur réhabilitation ;
  • la poursuite et la condamnation des responsables de leur incarcération.

Une attente de rupture

Le CMA prévient qu’il ne se contentera pas de la seule portée symbolique de cette nomination. Il attend de la nouvelle cheffe du gouvernement une politique en rupture avec celle de ses prédécesseurs.

Concrètement, l’organisation réclame un chantier global, avec des actions programmées à brève échéance. L’objectif : résoudre durablement les problèmes politiques, économiques, sociaux, linguistiques et culturels des Amazighs, qu’elle désigne comme le peuple autochtone du pays.

Reste à savoir quelle place la question amazighe occupera dans le programme du futur gouvernement, dont la composition n’est pas encore connue.

Le communiqué intégral du CMA

Les exigences du CMA vis-à-vis du nouveau gouvernement marocain

Le Congrès Mondial Amazigh (CMA) prend acte de la nomination de Mme Fatima Zahra El-Mansouri au poste de cheffe du gouvernement marocain. Le CMA rappelle que Mme El-Mansouri était déjà membre du gouvernement précédent où elle occupait le poste de ministre de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville. Mme El-Mansouri partage donc la responsabilité du bilan exécrable concernant la question amazighe, de l’ancien gouvernement dirigé par Aziz Akhnouch (2021-2026).

Le gouvernement sortant comme ceux qui l’ont précédé sont tous responsables du maintien des territoires habités majoritairement par les Amazighs (le Rif, les montagnes de l’Atlas, l’Assamer, le Souss) dans la pauvreté et la marginalisation socioéconomique, de la spoliation des Amazighs de leurs terres et ressources naturelles, de la violation de leurs droits linguistiques et culturels pourtant reconnus et censés être protégés par la Constitution (depuis 2011) et par la loi organique n° 26-16 de 2019 relative à la mise en œuvre du caractère officiel de la langue amazighe. Sur ce sujet particulièrement, le gouvernement marocain est complètement hors-la-loi, ce qui a poussé des associations amazighes à porter plainte contre lui et les enseignants de tamazight à organiser régulièrement des manifestations de protestation comme celle de ce dimanche 4 octobre 2026 à Rabat. Nous attendons que la justice marocaine sanctionne sévèrement l’État marocain et que le nouveau gouvernement adopte en urgence un plan d’action contraignant pour généraliser de manière effective l’usage de la langue amazighe dans les administrations et son enseignement à tous les niveaux scolaires depuis le cycle pré-scolaire jusqu’à la classe terminale au Lycée.

Aux côtés des populations amazighes du Maroc, le Congrès Mondial Amazigh exige la fin des discours de haine, du racisme et des discriminations anti-Amazighs en mettant en œuvre la recommandation d’un plan d’action proposé par les Nations Unies en 2019, comportant des mesures juridiques, politiques, économiques et autres. Dans ce sens, le gouvernement marocain doit lever sans délai l’interdiction faite aux Amazighs de créer des partis politiques au moment où il existe des dizaines de partis politiques arabistes et islamistes.

Sachant l’avis de l’ONU adopté en 2024 que la détention de Nasser Zefzafi est arbitraire et contraire au droit international, le CMA exige sa libération immédiate ainsi que celle de ses camarades en détention, leur indemnisation, leur réhabilitation et la poursuite en justice et la condamnation des responsables de leur incarcération.

Bien que la nomination d’une femme, pour la première fois, à la tête du gouvernement marocain soit un acte positif et encourageant, le CMA ne se contentera jamais de la seule symbolique que représente cette nomination. Aussi, nous attendons de la nouvelle cheffe du gouvernement une politique en rupture avec celle des anciens gouvernements, avec la mise en œuvre d’un chantier global et ambitieux, comprenant des actions concrètes, programmées à brève échéance, pour résoudre durablement les problèmes politiques, économiques, sociaux, linguistiques et culturels dont souffrent les Amazighs, peuple autochtone de ce pays.

Il est urgent de mettre fin aux graves manquements aux droits des Amazighs, d’écouter et de satisfaire leurs aspirations profondes à vivre sans discriminations et dans le respect, la justice, la liberté et la dignité.

Paris, 22.09.2976 – 4.10.2026

Le Bureau du CMA

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Yufitran

Stéphane Mérabet Arrami (Yufitran) est une figure engagée de la communauté amazighe en ligne et le fondateur de Kabyle.com et d'Amazigh24. Architecte de l'information et designer numérique, il défend depuis longtemps la transmission culturelle, la préservation de la mémoire et la souveraineté numérique.

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