Kidal : Ne nous trompons pas !

Rédaction Amazigh 24
28 septembre 2019
Message Kidal

La crise ouverte par les déclarations du Président Mahamadou Issoufou pourrait laisser entrevoir un nouveau tournant dans l’évolution du conflit postcolonial qui oppose le Mali et le Niger à leurs régions sahélo-sahariennes. Les Présidents nigérien et malien semblent vouloir remettre en question les accords d’Alger, risquant ainsi de rallumer les tensions et créer un chaos généralisé. Le Niger présente ses propres réalités sociopolitiques qui devraient en faire le pays le moins belliqueux concernant l’Azawad. Les réalités politiques du Niger ne sont pas nécessairement celles de la CEDEAO et rien n’exige de se soumettre à ses injonctions. En effet si la sous-région venait à s’embraser, il n’est pas certain que le Niger en sorte indemne. Il pourrait même être plus ébranlé que les autres pays. Il ne serait pas raisonnable d’encourager un déchainement des passions qui risquerait de finir par échapper à tout contrôle.

Il est encore temps de se raviser et de mesurer les risques que cette situation pourrait faire courir à la sous-région. Une confrontation totale serait une aubaine pour tous ceux qui souhaitent déstabiliser la sous-région. Ainsi que relevé par nombre d’observateurs, on s’étonne que les velléités guerrières ne visent que Kidal et passent sous silence la situation à Diffa et à Maiduguri !

Il est invraisemblable que des personnes prétendument dotées d’un discernement politique cèdent à l’amalgame savamment entretenu entre le mouvement politique symbolisé par l’Azawad et la mouvance djihadiste, porteuse d’autres desseins sur l’ensemble de la sous-région. Ceux qui alimentent cet amalgame trahissent la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour la dignité de leur peuple et de ceux qui ont été arbitrairement victimes de répression étatique au cours des dernières décennies. Ceux qui se dressent contre la marche de l’Histoire sont un jour ou l’autre emportés par les exigences de la realpolitik et la détermination de ceux qui luttent pour leur émancipation avec un sens élevé de l’honneur.

Il apparait quelque peu étonnant que certains esprits s’évertuent à réduire le statut de Kidal à l’influence islamiste, aux querelles locales ou au comportement de tel ou tel individu. Les considérations partisanes internes font trop souvent oublier les raisons qui ont abouti à la situation actuelle. Il n’est pas toujours aisé d’apprécier la nature de certains ressorts politiques ou opportunistes qui amènent des personnes averties à se fourvoyer dans des postures contreproductives. La pire contribution au débat actuel sur l’avenir de l’Azawad est d’y convoquer les considérations tribales et de se laisser aveugler par la haine de son frère. Cette haine risque d’annihiler les acquis obtenus de haute lutte grâce au sacrifice de milliers de personnes appartenant à toutes les tribus depuis 60 ans. Il ne s’agit pas d’occulter ou de minimiser les ambitions politiques des individus mais de rappeler qu’il y a lieu d’hiérarchiser les priorités. En effet le système politique en place au Mali depuis l’indépendance refuse d’évoluer. Il combat le statut de Kidal parce qu’il constitue justement l’embryon de ce changement qui pourrait faire bouger les lignes et permettre l’avènement d’une nouvelle gouvernance de ces espaces. Ceux qui s’acharnent aujourd’hui sur Kidal sont effrayés par cette perspective pour des raisons qui sont loin des intérêts des États et des populations dans leur globalité.

Les objectifs politiques d’une lutte devraient pouvoir être dissociés des querelles entre les acteurs qui prétendent les incarner à un moment donné. Sinon, il y a risque d’une confusion mortelle qui pourrait être fatale à tout projet politique et à la cause au centre des enjeux. Noyer le débat dans des considérations panafricanistes est tout aussi dommageable aux intérêts du Niger que la manipulation de certaines divergences locales utilisées comme levier politique. La consolidation de la paix passe nécessairement par un traitement sérieux, honnête et responsable des périls qui la guettent, sans céder à la tentation du rafistolage, du saupoudrage et du colmatage. Les systèmes politiques en place instrumentalisent les faiblesses de leurs supplétifs. Ces derniers ne se voient exister que par leur allégeance à ces mêmes systèmes qui les ridiculisent et ne leur prêtent aucune considération.

Quant à la teneur des débats et à la qualité des échanges, il ne semble pas nécessaire de côtoyer l’intimité des responsables politiques pour être en mesure d’apprécier la portée politique de leurs déclarations. Chacun se forge librement son opinion et l’exprime, ou non, relativement à ses propres choix. Les propos tenus à propos du statut actuel de Kidal succèdent à d’autres, qui les éclairent mieux que ne le font des analyses « psycho-sympathiques » visiblement destinées à dénaturer le débat et qui frisent l’insulte à l’intelligence ! La compréhension des enjeux sahéliens et du rôle réel ou supposé qu’y jouent les individus et les États ne sauraient être circonscrits par quelques approximations de circonstance destinées à brouiller les esprits. Personne ne devrait prétendre au monopole de cette capacité à observer, analyser et restituer le fruit de sa propre réflexion. Que ceux qui sont gênés se rassurent, nul besoin de courir après une quelconque légitimation scientifique pour se faire une opinion politique et l’exprimer sur ce qui se joue à Kidal et qui pourrait rejaillir sur l’avenir de l’ensemble de la bande sahélo-saharienne. Nous sommes sur un terrain politique dont les règles n’obéissent qu’au rapport de forces entre les parties qui défendent leurs intérêts respectifs. L’humilité commande d’être attentif à la facilité du verbe qui laisse peu de place au fond d’une idée et à l’intérêt qu’elle pourrait avoir pour la compréhension du sujet. Le risque est souvent grand de voir une certaine mauvaise foi s’y glisser pour décorer et prétendre à un semblant de cohérence.

Bllatan
Lyon France ​​​​​​​​​Le 28 septembre 2019

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