Comment l’Union Européenne contribue au sous-développement du Maroc ?

Rachid Raha
7 octobre 2013

De plus en plus de responsables politiques des Etats européens commencent à se préoccuper sérieusement de certains jeunes d’origine marocaine (et nord-africaine) qui se sont engagés dans la guerre civile de la Syrie au sein des rangs des djihadistes. Les polices hollandaise, belge, espagnole, française et autres sont toutes en alerte rouge et à l’affût des profils de ces jeunes qui se sont enrôlés, - et qui continuent à le faire - dans les cellules salafistes sans savoir le pourquoi, ni surtout ce que seront leurs plans une fois de retour chez eux, dans les milieux des banlieues des grandes villes européennes ?

Livre pédagogique de l'IRCAM,  illustration qui véhicule les valeurs égalitaires entre l’homme et la femme, où tous les membres de la famille partagent les mêmes tâches domestique, une image impossible trouver dans les manuels de langue arabe et d’éducation islamique, de tendance conservatrice.

Une chose est évidente, la grande majorité de ses jeunes comme le cas de Mohamed Merrah ou comme ceux qui se sont  impliqués dans les tristes attentats de Madrid du 11 mars 2004, ont été séduit par les thèses radicales de l’islamisme politique parce qu’ils souffrent tous, au fond, d’un problème de crise identitaire, provoqué par un profond déracinement culturel envers lequel les Etats européens ne sont pas arrivés à apporter des solutions, et même davantage  ils sont, consciemment ou inconsciemment, des responsables directs de la situation.

Prenant l’exemple concret du Maroc, qui est le pays le plus gâté de Tamazgha pour l’Europe, et qui jouis d’un « statut avancé » avec l’Union Européenne, et qui de ce fait bénéficie de mannes financières importantes. Depuis qu’il est lié à l’Union Européenne, par un accord d’association en 2000 et jusqu’à maintenant, le Maroc s’est déclassé selon l’IDH (Indice de Développement Humain du PNUD) de la position 123 à 130. Pénalisé par le secteur de l’éducation, de l’alphabétisation des adultes et de la santé. Or, précisément c’estdans ces secteurs où l’UE a plus investi. Dans le domaine de la santé elle a dépensé en dix ans environ 2,2 milliards de dirhams et dans celui de l’éducation 2 milliards DH. Comment se fait-il que malgré cette manne d’argent, sans parler de celle de la Banque Mondiale, ces secteurs ne s’accompagnent pas de résultats positifs, n’améliorent pas le développement humain, ni renforcent la « transition démocratique » du pays, comme en témoignent les données suivantes : les ONG nationales et internationales (Amnesty International, HWR,…) dessinent des bilans de plus en plus sombres de violations des droits humains. Pire, un des sondages financés par les soins de l’UE, à savoir « Migrations et compétences » révèlent que 42% des marocains veulent quitter le pays pour émigrer vers l’Europe.

Tout cela revient en grande partie à la faillite du système éducatif, basé sur « la politique d’arabisation », que le roi du Maroc, enfin, vient de reconnaître explicitement lors de son discours du 20 août dernier. Le défunt islamologue amazigh Mohamed Arkoun l’avait bien prédit, le système éducatif marocain (et par extension nord-africain) produit de l’ignorance. Pourquoi ?

La réalité est toute simple, mais personne ne veut la voir, vu qu’elle contredit les considérations idéologiques des politiciens « tiers-mondistes » du sud de la méditerranée. Le Maroc, ainsi que l’Algérie, la Tunisie, la Libye ou la Mauritanie, ne sont pas des pays « arabes », mais des pays « amazighs », par la terre et par l’histoire. Certes ils sont des pays africains qui se sont enrichis par des apports de l’Afrique sub-saharienne, des apports sémitiques (juifs), phéniciens, romains, vandales, byzantins, arabes, turques et européens, mais ils sont et resteront toujours des pays amazighs ! Pourtant, les politiciens s’obstinent à les assimiler à une identité importée du Proche orient. Au lieu de généraliser l’enseignement des langues maternelles et autochtones, à savoir le tamazight et le darija, et qu’elles soient à la base des manuels pédagogiques de l’alphabétisation des adultes, comme le préconise le brésilien Paolo Freire, l’Etat marocain, comme le reste des états de Tamazgha, continue à maintenir cette rétrograde politique idéologique « d’arabisation », qui véhicule des valeurs en contradiction totale avec les valeurs autochtones amazighes (voir: amazigh24.com/fr/mouvement-amazigh-un-projet-et-des-valeurs-31496-13022012 ). Il sied de rappeler, que la violence dans la culture amazighe est bannie, mais malheureusement certains manuels financés en partie par l’argent des contribuables européens diffusent par exemple ceci : « Les infidèles parmi les gens du livre, ainsi que les « Associateurs » iront au feu de l’Enfer, pour y demeurer éternellement. De toute la création, ce sont eux les pires » (Réf. : Alqiraâ min ajl altamkin, minhaj ataqwin al asasi lilkibar, kitab almuta3alim, Direction de la Lutte contre l’Analphabétisme, Rabat 2011). Un autre exemple, celui des femmes : l’école marocaine véhicule l’idée selon laquelle l'arrivée de l'Islam en Afrique du Nord, les ancêtres des populations d’aujourd’hui étaient des « sauvages » et que le sort de leurs femmes était similaire à celui réservé aux femmes en Arabie. Elle inculque aux enfants qu'au temps de laJahilia, les « Arabes » enterraient des filles vivantes, alors qu’en Tamazgha, tout à fait au contraire, des femmes tenaient les rênes du pouvoir telles Tin Hinan ou la Kahina.

Ainsi, au moment où on attendait la généralisation de l’enseignement de la langue amazighe, vue qu’elle est reconnue langue officielle du pays depuis le 1 juillet 2011, le ministère de l’Education Nationale, continue à envoyer de nouveaux professeurs en Europe pour enseigner, uniquement, la langue arabe. Le ministère des affaires islamiques fait la même chose en envoyant des imams arabophones et à faire comme si la langue amazighe ne faisait pas partie de l’identité plurielle des marocains et qu’elle n’est pas capable de véhiculer l’enseignement religieux, dont le rite malékite, le plus modéré des interprétations islamiques a été diffusé un peu partout grâce aux imams amazighs… Ce qui a pour conséquence l’exportation de la politique de déracinement culturel et linguistique des marocains à l’étranger et la continuité à l’approfondissement de leur crise identitaire. Les jeunes enfants hollandais d’origine amazighe, par exemple, mal intégrés à l’école du pays d’accueil, qui ignore tout de leur identité, de leur histoire, et de leur civilisation, en leur imposant une autre langue qu’est l’enseignement de la langue arabe, qui de même ignore tout de leur culture, arrivent à devenir des jeunes sans identité claire ; ils ne savent plus s’ils sont hollandais, ou « Arabes » , ou « Amazighs ». Des jeunes perdus, rebelles qui terminent dans les milieux de la délinquance où une minorité devient prédisposée à se radicaliser en faveur du salafisme, avec des pétrodollars qataris et saoudiens aidant, et à s’impliquer de plus en plus au sein des mouvements djihadistes. Le travail de Manuel Llamas, intitulé « Melilla y el islamismo » (Atanor ediciones, Madrid 2011) est très éloquent à ce sujet.

En définitive, la solution à la crise identitaire des jeunes nord-africains et à la profonde faillite de l’école marocaine existe bel et bien et au sein même du propre état marocain, afin de les immuniser du danger de toute dérive obscurantiste, de bien réussir leurs études et d’intégrer le marché de travail.  Le concept des écoles citoyennes Medresat.com de la Fondation BMCE (http://www.fondationbmce.org/) que l’ex-président américain Bill Clinton avait salué vient de décrocher l’un des meilleurs prix mondiaux, choisi parmi 500 projets, celui du « World Innovation Summit for Education » en se basant sur l’enseignement trilingue au primaire, en innovant dans la pédagogie de la langue autochtone amazighe ;cela devrait inspirer toutes les écoles publiques et privées nord-africaines, et par extension, les écoles européennes à forte  fréquentations d’enfants d’origine marocaine et  de Tamazgha.

Par Rachid RAHA

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