L’Assemblée Mondiale Amazighe (AMA), par la voix de son président Rachid Raha, a adressé le 6 février 2026 une requête officielle au ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, demandant la reconnaissance et la réparation des préjudices liés à l’utilisation d’armes chimiques contre les populations civiles du Rif marocain entre 1921 et 1926.
Un centenaire lourd de sens
Cette démarche intervient à l’occasion du centenaire de la fin de la Guerre du Rif et du soixante-troisième anniversaire de la disparition de Mohamed Abdelkrim El Khattabi, figure emblématique de la résistance rifaine. Ce conflit colonial opposa les armées française et espagnole aux populations du nord du Maroc, marquant profondément l’histoire de la région amazighe.
Une demande restée sans réponse
L’AMA rappelle que cette question avait déjà été portée à l’attention du président Emmanuel Macron en juillet 2021, à l’occasion du centenaire de la bataille d’Anoual. Bien que l’Élysée ait reconnu le caractère « sensible » du sujet par courrier en septembre 2021, aucune suite concrète n’a été donnée malgré les relances successives.
Le président de l’AMA souligne que cette requête avait également été transmise à François Hollande, prédécesseur d’Emmanuel Macron, sans davantage de résultat.
Une responsabilité française établie par les archives
Rachid Raha s’appuie sur de nombreux travaux d’historiens et journalistes d’investigation allemands, britanniques, espagnols, français et marocains pour établir « de manière incontestable l’implication directe de la France aux côtés de l’Espagne dans l’utilisation d’armes chimiques contre les populations rifaines ». Ces attaques auraient notamment visé des rassemblements civils et des marchés hebdomadaires entre 1923 et 1926.
L’utilisation d’agents chimiques tels que l’ypérite, le phosgène, le diphosgène ou la chloropicrine aurait d’ailleurs contribué à la reddition d’Abdelkrim El Khattabi aux forces françaises le 27 mai 1926, avant son exil de vingt ans à la Réunion.
Des conséquences sanitaires persistantes
Au-delà de la dimension historique, l’AMA insiste sur les conséquences sanitaires durables de cette guerre chimique. Selon l’organisation, de nombreuses études médicales et génétiques démontrent les impacts mutagènes et cancérigènes persistants des agents chimiques utilisés, affectant encore aujourd’hui les descendants des victimes.
Un appel à la cohérence politique
Dans sa lettre, le président de l’AMA rappelle les propos tenus par Emmanuel Macron en février 2017 lors de son déplacement en Algérie, qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité » et appelant à « regarder ce passé en face ». Il invite la France à faire preuve de la même cohérence concernant le Rif marocain.
L’organisation souligne que la France, en tant que puissance exerçant alors un protectorat sur le Maroc, était tenue par le droit coutumier et conventionnel à la protection des populations civiles et à l’interdiction absolue de l’emploi d’armes chimiques.
Une démarche élargie aux parlementaires
La requête a également été transmise à l’ensemble des députés et sénateurs de la République française, que Rachid Raha invite à « lire attentivement » cette demande de reconnaissance historique.
Cette initiative de l’Assemblée Mondiale Amazighe s’inscrit dans un mouvement plus large de demande de reconnaissance des crimes coloniaux et illustre la volonté des organisations amazighes de faire la lumière sur des pages méconnues de l’histoire coloniale française en Afrique du Nord.