La reine Dihya et les discours biaisés

Noufel Bouzeboudja
3 octobre 2011

Pourquoi s’obstine-t-on à concilier Dihya, la reine amazighe combattante contre les Omeyyades, avec l’Islam tout en lui attribuant à travers des discours biaisés sa non-islamophobie et son amour pour sa terre?

Dihya disait : la Terre ! Tamurt. Et ne sachant rien de la nouvelle religion portée par les envahisseurs en tant que reine et guide de ses sujets elle devait défendre Tamurt de ces étrangers qui razziaient la terre nord africaine, tuant, violant et rendant esclaves ces ‘’non-musulmans’’ qui même convertis furent pour longtemps, même en Andalousie, citoyens de seconde classe dans leur propre terre.

A toute injustice rébellion s’impose ! et ceci n’est motivé ni par religion ni par autre idéologie mais par un sens instinctif de rejet du mal. Envahir la terre de la reine amazigh fut le mal qu’il fallait combattre : juive, chrétienne, animiste, païenne ou autre, importait peu.   

Et ces titres manipulateurs lui furent attribué : Kahina (prêtresse en arabe avec une connotation très péjorative dans le contexte islamique), la juive (la haine du juif reste à ce jour debout même dans le discours de tous les jours. On dit souvent à quelqu’un de malin et vicieux : kecc d uday (tu es un juif), chose qu’il faut bannir d’ailleurs…

A ce jour, pour diminuer de son apport historique à l’identité millénaire de Tamazgha, on lui attribue ces titres.

Quoiqu’il en soit, où est le problème qu’elle fût juive ou devineresse si ce n’est l’aveuglement des envahisseurs qui se voyaient choisis d’Allah et tous ceux qui n’étaient pas comme eux étaient considérés comme étant infidèles et inférieurs à eux donc passibles de morts et d’esclavage. Tout ce qui est différent est, selon leur logique, à bannir, à exterminer, à convertir.  

N’est-ce pas elle, Dihya Tadmut qui veut dire la belle gazelle en Tamazight  l’une des premières reines guerrières de l'Histoire ? N’est-ce pas elle, Damya comme aiment l’appeler les Chaouis et qui signifie devineresse ayant des pouvoirs surnaturels, que les féministes considèrent comme la première féministe avant le Moyen âge ?

N’est-ce pas une source de fierté aux amazigh tandis qu’on enterrait encore les filles dans d’autres régions telle la péninsule arabique?  

Pourquoi cependant tant de haine au différent ? La même haine qui depuis a tué des millions jusqu’à aujourd’hui à travers l’extrémisme islamiste qui a toujours voulu s’emparer de tout. Le sentiment de supériorité (qui est parfois pire que celui prôné par l’empire Romain et les impérialismes modernes) que cet extrémisme draine a toujours essayé d’écraser des cultures et des identités qui datent des milliers d’années avant Jésus Christ. Combien d’amazigh, de kurdes, de persans, ont perdu toute connaissance de leur identité et se sont fondu dans un arabo-islamisme négationniste ?

N’est-ce pas que dieu, dans cette même religion, dit : je vous ai crée nations et tribus pour que vous puissiez vous connaitre. En vérité, celui qui est honoré aux yeux de dieu est celui qui a la plus grande droiture ?  Si dieu nous créa différents ce n’est pas dans un rapport de supériorité-infériorité mais seulement pour l’identification et la différenciation.  Je ferme la parenthèse ici non sans compter sur l’avis d’un athéiste qui aurait dit : l’idéal de mutuelle humanité.

Où est le problème, si l’on accepte avec un sens d’intelligence et de lucidité, si Dihya fut juive ou chrétienne ou même païenne sachant que toutes ces composantes constituent non seulement notre histoire mais aussi notre identité. Et si je dis identité je me réfère à hier et aujourd’hui ceux qui font notre demain. Et surtout il ne faut pas, pour des raisons de complaisance avec nos amis musulmans, mettre les composantes sus citées dans le casier appelé : patrimoine car ce serait injustice faite à nos frères chrétiens et juifs amazigh d’aujourd’hui.  

On assiste dans ces nouveaux discours donc comme à un phénomène de tolérance envers Dihya ! Comble d’ironie ! Tolère-t-on donc sa non-musulmanité ? Et c’est toujours dans un contexte péjoratif et celui de l’infériorité qu’on tolère. Les historiens musulmans de l’époque n’hésitaient pas à faire d’elle le symbole de la résistance à leur civilisation alors qu’elle n’était qu’une reine qui défendait ses terres. Est-ce son statut de femme qui les dérangeait sachant qu’elle les a vaincu à plusieurs reprise et la première était la victoire de Miskiana (entre l’actuelle Tebessa et Aïn Beïda, dans la région constantinoise).

Ne doit-on pas cependant arrêter de jeter du discrédit sur nos symboles en les rétablissant, sans complaisance avec qui que ce soit, dans leur vérité historique ?       
Ne doit-on pas rétablir les vérités historiques sans qu’idiologie ou démagogie prennent place ?  

Noufel Bouzeboudja

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