Les Amazighs du Maroc appelés au boycott des élections législatives

Le CMA dénonce une discrimination systémique.

Le Congrès Mondial Amazigh réclame un refus de vote massif pour protester contre les violations des droits et l’absence de reconnaissance accordées à la population amazighe au Maroc.

Un appel radical en amont du scrutin de septembre

À quelques semaines des élections législatives marocaines prévues le 23 septembre 2026, le Congrès Mondial Amazigh (CMA) a décidé de rompre le silence en appelant les Amazighs à boycotter massivement le scrutin. Ce communiqué, publié le 12 septembre, constitue un acte de protestation sans précédent contre ce que le CMA qualifie d’injustices systémiques et de discriminations enracinées.

Des violations ignorées depuis des années

Le CMA fonde son appel sur un constat accablant : malgré le rapport de 2019 de Tendayi Achiume, rapporteure spéciale de l’ONU sur le racisme et les discriminations raciales, qui documentait les violations des droits des communautés amazighes marocaines, aucune mesure concrète n’a suivi. La rapporteure de l’ONU avait alors souligné que « les communautés autochtones amazighes sont victimes de discriminations, de l’exclusion structurelle et de stéréotypes racistes ».

Dix ans après l’adoption de la Constitution reconnaissant le caractère officiel de la langue amazighe, cette reconnaissance reste largement symbolique. L’organisation souligne que le Parlement marocain lui-même n’utilise pas la langue amazighe, invalidant ainsi toute portée pratique de cette reconnaissance constitutionnelle.

Marginalisation économique et culturelle

Au-delà des questions linguistiques, le CMA dénonce :

  • La marginalisation géographique : Les régions historiquement amazighes (le Rif, l’Atlas, l’Assamer, le Souss) restent largement sous-développées comparées aux régions atlantiques
  • Les spoliations de ressources : Les terres collectives amazighes et leurs ressources naturelles (forêts, eau, minerais) seraient systématiquement exploitées sans bénéfice pour les communautés locales
  • L’interdiction politique : Alors qu’existent des dizaines de partis panarabistes et islamistes, les Amazighs se verraient interdire la création de partis politiques représentant leurs intérêts

Le cycle du mépris électoral

Le CMA formule un reproche cinglant : les Amazighs ne bénéficient de l’intérêt des autorités que lors des élections. Le reste du temps, ils seraient ignorés et traités comme « des citoyens de seconde zone ». Dans cette perspective, participer au vote reviendrait à cautionner « les injustices, au racisme et au mépris » subis quotidiennement.

Un message fort et pacifique

En appelant au boycott, l’organisation amazighe souhaite adresser un message au gouvernement marocain : « Stop aux abus et respect pour la justice, pour le droit et pour la dignité des Amazighs ». Ce refus de vote, insiste le CMA, se fera « de manière pacifique mais déterminée ».

Cette initiative intervient dans un contexte de tensions persistantes autour des droits amazighs au Maroc, notamment concernant la situation des détenus du Rif, que le CMA considère comme des prisonniers politiques.

Contexte : L’élection législative du 23 septembre 2026 doit renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants marocaine. Le taux de participation à ces scrutins représente traditionnellement un enjeu politique majeur au Maroc.

Y

Yufitran

Stéphane Mérabet Arrami (Yufitran) est une figure engagée de la communauté amazighe en ligne et le fondateur de Kabyle.com et d'Amazigh24. Architecte de l'information et designer numérique, il défend depuis longtemps la transmission culturelle, la préservation de la mémoire et la souveraineté numérique.

Laisser un commentaire