Les Imaziɣen doivent revendiquer leur part d’héritage greco-latin

Une vérité souvent ignorée.

Mouloud Mammeri écrivait avec dépit : « …Aux temps des Romains, c’est en latin qu’écrivirent Tertullien, Cyprien, Augustin, Fronton, Arnobe, Apulée, bien que dans leurs livres on puisse relever des indices de la berbérité (de leur pensée) dont ils étaient issus; par exemple, Apulée raconte, dans un de ses ouvrages, l’histoire de « Psyché », et cette histoire on peut l’écouter encore aujourd’hui dans un conte bien connu, celui de « L’oiseau de l’orage« .

Depuis lors, et jusqu’à aujourd’hui, la situation du berbère n’a pas changé. Dans tous les pays où l’on parle berbère (…) les envahisseurs se succédèrent, et chacun d’eux ajouta ses problèmes à ceux laissés par son prédécesseur. Le berbère est toujours resté dans la coulisse. (…) Pendant au moins ces trois millénaires, on a écrit en phénicien, en latin, en grec, en arabe, en français, mais personne n’a utilisé le berbère dans l’écrit » (*).

Or nous savons que durant la période s’étalant entre la basse Antiquité et l’Antiquité tardive, il y eu une pléthore de clercs religieux, d’érudits, de grammairiens, de rhéteurs, dramaturges et de philosophes amazighs qui se furent exprimés et/ou produit leur œuvres en langues grecque puis latine.

Par exemple, le latin philosophique et théologique de l’Europe médiévale et moderne n’est pas né à Rome, il est né chez-nous en Tamazɣa, à Carthage plus précisément ! C’est grâce au génie linguistique d’un intellectuel africain (Tertulyan), suivi par Saint Cyprien (Siferyan) et couronné par Saint Augustin (Ugastan), que le monde latin a pu se doter des outils conceptuels, linguistiques et philosophiques qui ont façonné la pensée occidentale d’aujourd’hui.

Leur incontestable prégnance sur la culture latine fut a tel point décisive que rien que sur l’invocation des noms de ces Clercs, (voir en illustration la liste non-exhaustive des 23 Erudits Amazighs les plus célèbres, de langue grecque et latine) c’est tout le patrimoine civilisationnel de l’Occident d’aujourd’hui qui se cristallise sur ce vocable. C’est alors une très belle référence à garder en tête par tous les Imaziɣen émancipés, qui se revendiquent lucidement comme tels.

S’agissant de la langue native (maternelle) de ces penseurs, si on prenait SAINT AUGUSTIN (354-430) par exemple, il disait dans ses confessions : « Lorsque j’étais enfant je n’en connaissais (du latin) le moindre mot. »
Si ce n’est pas Tamaziɣt (berbère d’alors), la langue de sa mère Mouna (Sainte Monique), il parlait quelle langue alors dans son enfance?

Le latin lui fut appris dit-il par sa nourrice et qu’il a fini par aimer et substituer au grec qu’il haïssait non pas en tant que langue, mais en tant que dialectique de pensée.

Saint Augustin continuait dans ce passage et nous explique alors, toujours dans ses Confessions, il y a seize siècles de cela: «...Nous ne haïssons jamais une langue donnée, c’est la pensée qu’elle véhicule que nous rejetons…« .

Dahmane At Ali

Clercs, érudits, philosophes et grammairiens Amazighs (Africains) de langues grecque et latine

#Nom en français (en latin/grec)Période de vie et OrigineFonction, Rôle, Œuvre et domaine d’Érudition
1Aristippe de Cyrènev. 435 – v. 356 av. J.-C.Philosophe
(Ἀρίστιππος)Cyrène (Libye actuelle)Disciple de Socrate, fondateur de l’école cyrénaïque (hédonisme philosophique).
2Arété de CyrèneIVe siècle av. J.-C.Philosophe
(Ἀρήτη)Cyrène (Libye actuelle)Fille d’Aristippe, elle lui succède à la tête de l’école de Cyrène. Une des rares femmes philosophes réputées de l’Antiquité.
3Callimaque de Cyrènev. 310 – v. 240 av. J.-C.Poète, érudit et grammairien
(Καλλίμαχος)Cyrène (Libye actuelle)Bibliothécaire à la Bibliothèque d’Alexandrie, inventeur du premier catalogue raisonné des savoirs (Pinakes).
4Ératosthène de Cyrènev. 276 – v. 194 av. J.-C.Polymathe, astronome, géographe
(Ἐρατοσθένης)Cyrène (Libye actuelle)Directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie ; premier à calculer la circonférence de la Terre avec précision.
5Carnéadev. 214 – 129 av. J.-C.Philosophe et orateur
(Καρνεάδης)Cyrène (Libye actuelle)Dirigeant de la Nouvelle Académie d’Athènes, figure majeure du scepticisme antique.
6Térencev. 185 – v. 159 av. J.-C.Dramaturge et poète comique
(Publius Terentius Afer)Carthage (Tunisie actuelle)Auteur majeur du théâtre latin à Rome, connu pour la finesse morale et linguistique de ses pièces.
7Juba IIv. 48 av. J.-C. – 23 apr. J.-C.Roi, savant et historien
(Iuba)Numidie / Maurétanie (Algérie)Souverain de Maurétanie (Césarée/Cherchell) ; auteur de précieux traités sur la géographie, l’histoire naturelle et les arts.
8Frontonv. 100 – v. 170 apr. J.-C.Rhéteur, avocat et grammairien
(Marcus Cornelius Fronto)Cirta / Constantine (Algérie)Consul romain et précepteur des empereurs Marc Aurèle et Lucius Verus ; maître incontesté de l’éloquence latine.
9Apuléev. 125 – v. 170 apr. J.-C.Écrivain, orateur, philosophe platonicien
(Lucius Apuleius Madaurensis)Madaure / Mdaourouch (Algérie)Auteur des Métamorphoses (L’Âne d’or), le seul roman latin intégralement conservé jusqu’à nos jours.
10Tertullienv. 155 – v. 220 apr. J.-C.Apologiste, théologien et juriste
(Quintus Septimius Florens Tertullianus)Carthage (Tunisie actuelle)Père fondateur de la littérature chrétienne de langue latine et créateur du vocabulaire théologique latin (terme Trinitas).
11Minucius FelixIIe – IIIe siècle apr. J.-C.Avocat et écrivain chrétien
(Marcus Minucius Felix)Province d’Afrique (Numidie/Carthage)Auteur du dialogue apologétique Octavius, chef-d’œuvre de l’apologétique latine précoce.
12Papinien142 – 212 apr. J.-C.Jurisconsulte et haut fonctionnaire
(Aemilius Papinianus)Province d’Afrique (ou Syrie)Considéré comme le plus grand juriste du droit romain, Préfet du prétoire sous Septime Sévère.
13Saint Cyprienv. 200 – 258 apr. J.-C.Évêque, théologien et rhéteur
(Thascius Caecilius Cyprianus)Carthage (Tunisie actuelle)Évêque de Carthage, martyr, auteur de traités majeurs sur l’unité de l’Église et l’ecclésiologie.
14Arnobe l’Ancienv. 255 – v. 330 apr. J.-C.Rhéteur, apologiste et philosophe
(Arnobius Afer)Sicca Veneria / Le Kef (Tunisie)Professeur de rhétorique (maître de Lactance) ; auteur du traité Adversus Nationes contre le paganisme.
15Lactancev. 250 – v. 325 apr. J.-C.Rhéteur, précepteur et théologien
(Lucius Caecilius Firmianus Lactantius)Province d’Afrique (Numidie/Cirta)Surnommé le « Cicéron chrétien » ; conseiller de l’empereur Constantin Ier et auteur des Institutions divines.
16Marius VictorinusIVe siècle apr. J.-C.Grammairien, philosophe et théologien
(Gaius Marius Victorinus Afer)Province d’AfriquePhilosophe néoplatonicien célèbre à Rome (statue érigée sur le Forum) ; traducteur des philosophes grecs en latin.
17Donat MagnusMort v. 355 apr. J.-C.Évêque et chef religieux
(Donatus)Case-Nègre / Numidie (Algérie)Fondateur du mouvement donatiste, courant théologique et politique majeur en Afrique du Nord au IVe siècle.
18Nonius MarcellusIVe siècle apr. J.-C.Grammairien et lexicographe
(Nonius Marcellus)Thubursicu Numidarum / Khamissa (Algérie)Auteur de De compendiosa doctrina, dictionnaire indispensable à la connaissance de la linguistique et de la littérature latine ancienne.
19Saint Augustin354 – 430 apr. J.-C.Évêque, philosophe et théologien
(Aurelius Augustinus Hipponensis)Tagaste / Souk Ahras (Algérie)Évêque d’Hippone ; Père de l’Église, penseur le plus influent de la philosophie occidentale (Les Confessions, La Cité de Dieu).
20Martianus CapellaVe siècle apr. J.-C.Avocat, grammairien et écrivain
(Martianus Capella)Madaure ou CarthageAuteur du traité qui a codifié la structure des 7 Arts Libéraux (Trivium et Quadrivium) pour le Moyen Âge.
21Dracontiusv. 450 – v. 505 apr. J.-C.Poète et juriste
(Blossius Aemilius Dracontius)Carthage (Tunisie actuelle)L’un des plus importants poètes séculiers et sacrés de la période vandale en Afrique du Nord.
22Fulgence de Ruspev. 467 – 532 apr. J.-C.Évêque et théologien
(Fabius Claudius Gordianus Fulgentius)Telepte / Ruspe (Tunisie)Défenseur de l’orthodoxie chrétienne latine face à l’arianisme durant l’époque vandale.
23CorippeVIe siècle apr. J.-C.Poète épique et grammairien
(Flavius Cresconius Corippus)Province d’Afrique (Numidie/Byzacène)Auteur de la Johannide, œuvre poétique majeure documentant les guerres entre Byzantins et tribus libyques/berbères.

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