Niger : IDH 2018 du PNUD, que font les marabouts ?

Publié par Abdoulahi Attayoub le mer 19/09/2018 - 23:47
Abdoulahi Attayoub

Le pays est secoué par un indice de développement humain qui le classe à nouveau 189e sur 189 dans le concert des nations ! Une situation dont la responsabilité incombe à la société nigérienne dans son ensemble notamment aux élites politiques qui ont installé un système de gouvernance visiblement inefficace.

Cette dernière place au classement mondial du développement humain devient pour nous tous particulièrement insupportable ! À croire qu’un esprit maléfique s’acharne à clouer le Niger au poteau d’une disgrâce permanente ! Devons-nous admettre qu’une distorsion tenace entre le logiciel socio-politique en vigueur au Niger et le standard international se manifeste ainsi brutalement en matière de gouvernance mondiale ? Ou s’agit-il de tout autre chose ? Qu’en est-il réellement ?

Ainsi les Nigériens ont-ils été une nouvelle fois surpris de découvrir que leur pays était placé en queue du classement du Programme des Nations unies pour développement (PNUD), fermant ainsi la marche du monde vers le développement. Après avoir occupé cette place pendant une décennie, le pays semblait avoir enfin décollé ces deux dernières années ! Un léger vent d’optimisme était ainsi né au regard de progrès socio-économiques sensiblement plus favorables et à l’efficacité des politiques publiques en la matière…
À se demander si le Niger n’est pas frappé de malédiction aux yeux des experts qui mesurent le niveau de développement humain dans le monde ? Il faut bien le croire quand on constate la difficulté du pays à s’extirper de la dernière place du classement du PNUD depuis des années ; se retrouvant ainsi derrière des pays comme le Sud-Soudan ou la République centrafricaine (RCA) qui sont pourtant en déliquescence depuis plusieurs années et dont les populations sont en proie à des famines et autres malheurs. Il est vrai que pour un système censé se mettre en mouvement, le plus difficile est souvent le décollage. Ces deux dernières années nous pensions y être enfin arrivés !
Les indicateurs utilisés pour établir les critères de ce classement conservent évidement leur mystère et réservent à l’évidence une place de choix à des domaines sur lesquels le Niger ne progresse manifestement pas de manière significative.
À l’insuffisance de la réponse aux besoins en services sociaux de base et autres infrastructures, s’ajoutent les difficultés rencontrées dans la mise en place d’un espace politique apaisé. Dans son ensemble la classe politique semble s’être engagée dans une pratique politique hasardeuse qui met à mal le processus démocratique et fausse la compétition et l’expression de certaines libertés. À cela s’ajoute une vie politique pluraliste encore trop embryonnaire polluée à la fois par l’argent et par un esprit clanique exacerbé.
Il y a lieu de questionner les choix stratégiques et de gouvernance, afin d’envoyer des signaux plus rassurants sur la capacité des élites à faire avancer le pays vers plus de maturité politique et fluidifier ainsi les relations entre les différents acteurs du développement économique et social.
De plus, la gestion des questions sécuritaires vient complexifier la tâche des gouvernants dont le rôle est de mettre en cohérence acceptable ces différents impératifs constitutifs de toute bonne gouvernance. En effet, l’image que traîne encore le Niger, d’un pays crispé, gangrené par un niveau encore élevé de corruption n’arrange pas les choses.
La prolifération des agendas politiques, y compris au sein du système en place, risque de nuire gravement à la confiance dans la capacité des décideurs à maintenir une cohésion nationale et sociale pourtant indispensable à l’abandon de cette maudite dernière place dans le monde.
Encore une fois, le Président de la République, comme souvent quand l’essentiel est en jeu, devrait s’affranchir du poids de certains intérêts particuliers et accepter un fléchissement de la pratique actuelle. Faire face aux lourdeurs internes préjudiciables au système de gouvernance et qui amoindrissent son efficacité à jouer sur les inerties de la société. Bousculer certaines habitudes actuelles et travailler à l’avènement d’une culture politique tournée davantage vers la promotion de l’intérêt général.
Ce que d’aucuns nomment le “concassage” des partis politiques, si ce n’est de la classe politique elle-même, constitue un syndrome reconnu d’un paysage politique national en mauvaise santé. Ce qui annule d’autant les efforts qui pourraient être tentés afin d’atteindre une pratique politique favorisant une démocratie moins cloisonnée, donc plus efficace.
En dépit des efforts du Président de la République pour arrimer le pays à la scène internationale, il faut croire qu’il existe des forces internes au système qui empêchent toute capitalisation de ces efforts ainsi que leur visibilité à l’extérieur. Cet « activisme », parfois jugé excessif, ne donne pas, à l’évidence, les résultats escomptés et l‘image du pays peine à s’imposer dans la communauté des Etats.
L’empreinte internationale du Niger demeure floue et trop limitée pour nombre d’observateurs malgré le rôle actuel du pays comme pièce maitresse dans la stratégie sécuritaire au Sahel et la gestion des flux migratoires vers l’Europe.
Le moment est peut-être venu de s’interroger sur les priorités en termes de vision d’avenir pour le pays. Le fonctionnement régulier des institutions de la République devrait constituer un souci permanant des pouvoirs publics. En effet la crédibilité de toute politique publique passe nécessairement par une attention accrue au respect des règles et des lois qui régissent sa mise en œuvre. Comme cela se voit dans nombre de pays émergents, l’efficacité d’une politique s’obtient généralement par une autorité éclairée quand les institutions de la république sont encore trop fragiles et que la notion même de démocratie souffre souvent d’approximations les plus farfelues.

Abdoulahi ATTAYOUB
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Lyon 17 septembre 2018

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