La contestation sociale dans le Rif et le rôle fondamental de la femme rifaine

Publié par Amazigh 24 le jeu 08/03/2018 - 20:19

Rapport de l'Assemblée Mondial Amazighe

La contestation « populaire » et sociale qu’a connue la province d’Alhoussima en particulier et le Rif en général, en raison de la convergence positive des facteurs économiques et sociaux de la population (conditions de vie inadaptées, pauvreté, chômage et marginalisation…) ainsi que la continuation du processus historique incarné par les contestations sociales et le trouble entre le Rif et le Centre depuis la deuxième moitié du 19 ème siècle, passant par les années cinquante et quatre-vingt du 20 ème et arrivant au 21 ème siècle depuis 2004, et jusqu’aux limites de 2018 et de la colère véhiculée par Facebook.

Sans ces trois facteurs, la traduction de ces slogans exceptionnels de personnes dans les réseaux sociaux en slogans populaires dans des espaces publics n’auraient pas lieu, et du fait que la population est convaincue de la nécessité du changement et demande des comptes et le droit à l’interrogation, et du fait que la contestation sociale a duré plus de huit mois et s’est propagée aux différentes régions rurales et semi-urbaines du Rif.
A noter la présence de la femme rifaine en tant qu’appui, activiste et participante dans le cadre de ses troubles historiques au Rif.


Partant de ce qui précède, nous posons les questions suivantes :
    • Quelles sont les caractéristiques fondamentales de la contestation sociale du Rif ?
    • Quelle est la nature de la société dans la région du Rif ?
    • Quel est le rôle de la femme rifaine dans la contestation sociale ?
    • Quelles sont les conditions  socio-économiques des femmes ayant participé à la contestation ?
    • Quelles sont les activistes dans les formes de contestation et de sensibilisation ?

La contestation sociale au Rif

La colère populaire et le rejet social ont eu lieu suite à la mort du « vendeur de poissons » Mouhsin Fikri (1).i Les autorités locales ont perquisitionné sa marchandise sous prétexte qu’elle n’était pas autorisée.  Marchandise qu’elles ont jetée dans un camion-poubelle, auprès du tribunal de première instance d’Alhoussima. Le jeune a contesté tentant de la récupérer du camion-poubelle. Il fut tué, broyé dans le camion-poubelle au même titre que sa marchandise le vendredi 28 octobre 2016.
Durant cette nuit, la population est sortie dans les rues pour protester contre le mépris qui a touché le vendeur de poissons ainsi que la dignité du citoyen marocain foulée. Les réseaux sociaux ont également  connu une colère et des hach tags ont été partagés « broie-le ». Les images et vidéos qui archivent la mort du vendeur de poisson dans un camion-poubelle, et au travers de ces réseaux un appel fut lancé pour des marches dans différentes régions du Maroc le dimanche 31 octobre, pour demander des éclaircissements relatifs à la mort du vendeur de poisson et pour demander des comptes.
De cette colère sociale et de la soif de liberté, de dignité et de justice sociale, est née une contestation sociale dénommée «  la contestation populaire dans le Rif » (2). Durant les premières semaines de la contestation, précisément, au mois de novembre, suite à la volonté de quelques individus de le dénommer «  Mouvement du 28 octobre », sans l’avis de tous les activistes, des comités furent formés tels les comités des médias et de la communication, la logistique et le comité chargé des slogans  ainsi que le comité des finances. Cette contestation a des revendications sociales, économiques et culturelles, en plus des revendications urgentes, selon les activistes de la contestation, à savoir la démilitarisation  du Rif, c’est-à-dire, l’abrogation du Dahir 1.58.381 qui fait de la province d’Alhoussima une zone militaire, pour lui substituer  un Dahir qui déclare la province d’Alhoussima une zone en détresse. Ces revendications ont été dans dossier revendicatif rassemblant 21 revendications, avec le consentement de la population, et ses revendications sont locales et concernent la province. D’autres revendications concernent le Rif  tels l’hôpital de cancer, les universités et les infrastructures…

La contestation populaire ne s’est pas limitée à Alhoussima, en tant que ville et province, elle s’est étendu à d’autres zones du Rif (Nador, Driouch, Taza…) où se sont constitués des comités : comité de la contestation à Nador, Comité de contestation à Mont Laroui, à Midar, Driouech, Gzannaya, Zaiou, Tamassint, Ain Zohra, Ben Tayeb, Temsaman, …

Chaque comité a sa page particulière sur Facebook et a un dossier revendicatif englobant des revendications locales qui prennent en compte les spécificités de la région et des revendications qui concernent le Rif en général.

A côté de ces comités au niveau du Rif, existent des comités de la contestation « populaire » et sociale au niveau national, en tant que comités de solidarité avec le Rif, tels les comités de Rabat, Tanger, Casablanca…Au niveau international, existent des comités de solidarité dans différents pays : comité des Basques, comités de Belgique, de Hollande, d’Allemagne, de la Suède, d’Espagne et de France…

Ces comités provinciales, nationales et internationales englobent des formes de contestations hebdomadaires, quotidiennes et mensuelles, depuis le décès du « vendeur de poissons » jusqu’aux arrestations, en tant que forme de soutien et de solidarité.

La contestation sociale dans le Rif se caractérise, par rapport aux autres contestations sociales qu’a connues le Rif  particulièrement, et le Maroc en général, par :
    • La concentration de la contestation sociale dans la région du Rif. Quant aux formes de contestation dans les autres villes du Maroc, elles se présentent comme formes de contestation sans dossier revendicatif, bien qu’elles disposent de comités, d’où sa différence avec la contestation « populaire » rifaine ;
    • L’absence de drapeaux marocains dans la contestation « populaire », dans la majorité des régions auxquelles s’est étendue la contestation, et la présence des drapeaux amazighes  et des drapeaux de la république du Rif, et parfois, le drapeau kurde. Alors que dans les marches de la population de Talarawq, en direction d’Alhoussima, figurent les drapeaux marocains. A signaler que les formes de contestation à Tamassint sont caractérisées par l’absence de drapeaux.
    • L’absence des cadres politiques : éloignés depuis le début de la contestation, suite au slogan des activistes : « non aux épiceries politiques », de peur que la contestation ne soit exploitée.
    • La contestation pacifique : les activistes de la contestation et les participants, dans leurs formes de contestation, ont mis en avant le caractère pacifique et qui est concrétisé dans le respect des biens publics. Ce principe a été mis en exergue par le militant Nacer Zefzafi et les autres activistes avant et durant les arrestations. Et de la prison aussi. Ce caractère pacifique se traduit au niveau des chaines constituées par les activistes pour protéger ces biens publics.
    • La présence du discours religieux dans la contestation et son exploitation en force depuis le début de la contestation jusqu’à la période des arrestations, ainsi que dans les  discours de sensibilisation de  Nacer Zefzafi, via Facebook, et durant les formes de contestation.
    •   La présence de la femme dans la contestation sociale de manière forte. Contrairement aux autres formes de contestation précédentes dans le Rif, mais cette présence  se limite aux espaces urbains et s’absente dans les espaces ruraux. A Bouayyach, Boukidar, Imzourn, la femme rifaine est presque absente…Absente dans les formes de contestation dans ces espaces, mais présent au niveau organisationnel à Alhoussima-ville.(3)

Nature de la société rifaine

En plus des caractéristiques de la contestation « populaire » et sociale dans le Rif, il est impératif de s’arrêter sur la nature de la société dans cette région, avant d’aborder le rôle de la femme dans la période contemporaine, pour mettre le lecteur dans le contexte général.

Raymond Jamous, dans une étude « L’honneur et la baraka » (4), décrit la société rifaine comme une société « segmentaire », basée sur « l’honneur », la « femme » et la « terre », en plus du « la propriété privée ». Dans ce sens que ces composantes, selon l’anthropologie au niveau rural, s’insèrent dans le cadre du tabou et de l’interdit. Toute atteinte à une de ces composantes, amène la réaction de l’homme et la lutte pour elle ; il en est de même pour toute la tribu.

Quant à la société rifaine, pour David Hart (5), il s’insère dans les sociétés enfermées, paternalistes et misogynes. L’homme s’occupe des rôles et missions externes et les femmes de l’intérieur et de l’éducation des enfants. En plus de l’esprit de solidarité, à travers « Tawiza » et « Rouziât ». Et le fkih et les gens de religions restent loin des affaires politiques. La priorité est accordée à la coutume au détriment de la chariâa.

La société rifaine est de nature paternelle, l’autorité est aux mains de l’homme au détriment de la femme. Le premier domine. Mais, en raison de l’expansion urbaine que la région a connu et continue à connaître, qui a entrainé la scolarisation  de la femme et son accès au marché du travail, la femme s’est relativement libérée de la domination masculine.

Et la femme scolarisée et autonome financièrement vis-à-vis du mari que sa famille lui choisissait avant 18 ans, devint  libre. La femme n’est plus otage de murs et des travaux domestiques. Elle va aux souks et aux administrations publiques, s’implique dans la vie associative et politique. Mais ces transformations ne peuvent pas être généralisées au Rif en général, mais seulement aux certaines zones urbaines ou semi-urbaines (Alhoussima, Nador, Driouch, Imzourn…).


1- Rôle de la femme rifaine dans la contestation sociale :

La femme rifaine a joué des rôles importants durant la période de la guerre et de la résistance qu’a connues le Rif, pendant les années vingt et cinquante du 20 ème siècle. Elle fut la mère, l’épouse, la fille et la sœur…fidèle et soutenant la résistance au sein de la famille (cuisine, lavage et éducation des enfants…)  et à l’extérieur (bergère en l’absence de l’homme, diffusion des informations au sein des résistants, archivage des victoires par la poésie « Izran » et secours aux blessés…).

Mais durant la période de la contestation sociale (28 octobre  2016 / octobre 2017), les rôles de la femme ne se limitèrent plus au soutien de l’époux ou du fils uniquement. La femme est devenue actrice et activiste qui participe à la contestation.

La femme, au début de la contestation, période de spontanéité des mouvements sociaux, jusqu’à la fin de la deuxième période, dite « période d’organisation » (du 28 octobre 2016 au 8 mars 2017), se limitait qu’à la participation (6) au côté de l’autre sexe, aux formes de contestation et de sensibilisation dans la région.  

Mais cette participation se concentrait au niveau urbain. En direction des niveaux semi-urbains et ruraux, la participation diminue et s’estompe. Yasmin Farsi et Karima Mouhawil furent parmi les figures icones des marches, des sit-in, des contestations et des médias numériques nationaux et internationaux.

Elle concrétise le principe de globalité des mouvements sociaux à Alhoussima-ville, par la participation de femmes de différentes classes et d’âges. Et à Nador, la première participation dépasse la première. A partir d’entretiens, nous avons constaté que les femmes participantes prenaient en charge les frais de déplacement pour assister à la contestation d’Alhoussima et désertent les contestations de leurs zones locales (femme de Bouayyach et Imzouren, à titre d’exemples). Ceci est en relation avec la nature de la société et le pouvoir masculin dans ces régions.
Mais, à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme, le 8 mars 2017 (7), le femme n’est plus une simple participante, elle est devenue activiste, leader et meneuse.

Et durant l’occasion, l’activiste Nawal Ben Aissa a brillé, en tant que meneuse de la marche. Elle s’est adressée aux femmes libres du Rif sur le modèle de Nacer Zefzafi. Femmes sorties pour participer avec des ballons et des fleurs, scandant le slogan « Non à la discrimination entre les deux sexes ». Ceci pour répondre aux revendications de la contestation sociale. Elles répétaient : « par l’âme, par le sang, nous nous sacrifions pour Nawal ».

Cette chefferie et ce leadership féminin s’est poursuivie durant la période des arrestations – du 11 avril 2017 à la fin du même mois - . Mais cette fois-ci, la chefferie féminine et son action de sensibilisation ne se sont pas limitées au deuxième sexe. Elles ont intégré le premier sexe au niveau de la chefferie, de la sensibilisation et des modes de protestation auxquels participent les hommes et les femmes ensemble. Suite aux arrestations qu’a connues le Rif et qui dépassent les 200 activistes, la contestation est devenue sans leader et la femme rifaine a comblé ce vide. Et avec elle, les protestations se sont propagées vers Sidi Abed, Imzouren et Aït Hdifa…
Leurs discours étaient spontanés, inspirés des discours du leader Nacer Zefzafi. Il ne s’agit pas de discours  personnalisés, autonomes, structurés et à objectifs. Il s’agit de discours  qui tournent autour des détenus et le mépris. « Nous sommes ceci…contre le mépris….le makhzen….et nous sommes tenus de continuer ». Les forces de sécurité ont arrêtés l’activiste « Silya Ziyani » à côté de centaines de militants mais elle fut relaxée lors de la fête de la fin du Ramadan (Aid Fitr), en tant que seule détenue de la contestation populaire en général et des détenus de la prison d’Oukacha en particulier. Suite à ses crises psychologiques et son effondrement nerveux dans sa cellule, et qui sont été accompagnées d’une contestation sur Facebook et des contestations au Maroc et en Europe.
La période des arrestations a connu une autre période post-arrestations, c’est-à-dire l’arrestation des activistes icônes « Nacer Zefzafi », « Nabil Ahamjiq », « Mohamed Lemjaoui », « Mohamed Jelloul »…A partir de là, elles se sont devenues visibles les mères de Nacer Zefzafi, de Mohamed Jelloul et de Nabil Ahamjiq ainsi que les épouses des détenus, en tant qu’actrices influençant l’opinion publique locale, nationale et internationale. Et durant cette période, des activistes furent convoquées aux postes de police telle Nawal Ben Aissa, Ouarda Elajouri qui étaient présente ponctuellement dans la contestation depuis ses débuts. Elle prit en charge la mission de rendre visite aux familles des détenus pour y semer l’espoir au sein des enfants des détenus par des cadeaux et des sorties. A citer aussi l’activiste Bouchra Elyahyaoui, fiancée du détenu Wassim Elboustani…et d’autres. Certaines furent terrorisées et menacées de prison et de viol pour qu’elles abdiquent (certaines ont abdiqué), d’autres ont résisté et leur condamnation fut reporté.
Les leaders et les meneurs de la contestation sociale rifaine sont apparus sur  l’espace virtuel et se sont déplacés à l’espace publique, comme meneurs au nom des masses. Contrairement aux leaders féminins qui sont partis de l’espace publique comme participation puis action et leader des formes de protestation et parlant au nom des masses, ensuite, elles ont investi l’espace virtuel suite aux interdictions et au blocage sécuritaire des espaces publiques.

2- Les conditions socio-économiques des femmes ayant participé à la contestation :

A partir d’une étude de terrain que j’ai réalisé dans la province d’Alhoussima : « la protestation sociale dans le Rif : manifestation de la province d’Alhoussima comme exemple du 28 octobre au 30 juin », sur la base d’un sondage que j’ai analysé avec le programme SPSS, version 23, j’ai réalisé que le pourcentage d’hommes qui ont participé à la contestation rifaine était multiplié par deux, par rapport aux femmes. Ce pourcentage tient au nombre peu nombreux de femmes participantes à la manifestation, à partir de l’observation et des entretiens. Ainsi que la distribution anarchique des sondages sur les échantillons. Le deuxième sexe de l’échantillon, contrairement au premier sexe, au niveau de la réception du sujet et de la réactivité avec le chercheur et les sujets de l’affiche, en plus de la nature de la société dans les régions du Rif, montre que la société rifaine est de prédominance masculine. Le niveau scolaire compte aussi : le pourcentage des femmes qui ont atteint l’université est de 0%,à 46%, au niveau du supérieur et 54% par rapport au primaire, au collège et au lycée. Et l’analphabétisme est un indicateur majeur au niveau de la distribution.
Graphique explicatif : pourcentage des personnes, des deux sexes ayant participé à la contestation sociale à Alhoussima.


Et l’âge de ces participantes oscille entre 20 et 50 ans, et ce sont les jeunes qui étaient présentes massivement. Les autres tranches d’âge sont de l’ordre de 44 participantes jeunes.

La situation familiale des 65 participantes est de (30,95%), c’est-à-dire 34 célibataires, 23 mariées, 7 veuves et 1 divorcée.

La majorité des participantes que nous avons interviewées n’ont aucune appartenance : leur nombre est de 47. Et le nombre de participantes du mouvement amazighe et des associations (6 participantes) avec les mouvances estudiantines de gauche (2 participantes) et les syndicalistes (3 participantes). La participation partisane n’a aucune réponse.

Les femmes interviewées sont en cohésion avec les hommes au niveau de la situation économique, particulièrement, la situation professionnelle. La majorité des participants des deux sexes sont des étudiantes chômeures. La situation professionnelle des femmes se présente comme suit :
    • 25 : des étudiantes en chômage ;
    • 19 : des femmes de foyers ;
    • 9 : en activité permanente ;
    • 5 : travail pour un compte privé ;
    • 3 : chômeuses ;
    •  2 : travail irrégulier ;
    • 2 : sans travail.

A partir des résultats obtenus, quant au revenu mensuel des familles participantes à la protestation, je l’ai limité à deux ressources :
    • Le premier se situe entre 1000 et 3000 DH pou 31 des participantes ;
    • Le deuxième se situe entre 3000 et 5000 Dh, pour 34 participantes.
Et le père reste la ressource principale pour les familles et des femmes ayant participé à la protestation sociale, selon les pourcentages obtenus. Vient par la suite le frère puis l’époux et enfin les femmes participantes, particulièrement celles qui ont un travail. Le fils arrive en dernière position.
Il apparaît donc à partir des résultats de l’étude de terrain que les motivations économiques et sociales des participants et des participantes en général priment et sont derrière leur sortie dans la rue pour protester contre leur situation et demander un changement. Les participantes arrivent à poursuivre leurs études en dehors de la province d’Alhoussima et accédent à un travail. Ceci concerne les étudiantes en chômage et les chômeuses en général, ce qui leur offre une stabilité et se libérer du pouvoir masculin qui continue toujours de dominer.
 

3- Les participantes qui ont émergé dans les formes de contestations et de sensibilisation :

Yasmine Farès

Yasmine Farès est une jeune célibataire. Elle a vingt ans et habite à Alhoussima. Elle est entrepreneur et maitresse dans le domaine des entreprises. Doté d’un diplôme au niveau de la gestion des entreprises et a étudié, durant quatre ans dans un institut spécialisé dans les médias et la communication. C’est la première femme qui s’est manifestée lors de la contestation populaire à Alhoussima et première figure féminine au niveau des médias. Elle a désisté durant les premiers mois de la protestation volontairement, en raison de pressions ou de contraintes. Elle a justifié son retrait car elle se dit victime de l’exclusion, de la domination et de trahison ainsi que le refus du dialogue initié par certains activistes.

Karima Mouhaouil

Comme Yasmina Farès, elle fut une des figures féminines importantes au début de la protestation sociale dans la région. Mais Karima a continué à participer à la protestation jusqu’aux arrestations. Elle est âgée d’une trentaine d’années. Elle n’a pas pu poursuivre ses études en raison de l’éloignement du collège de sa maison. Avant la protestation, elle travaillait comme femme de ménage à l’institut espagnole. C’est une activiste fidèle lors de la protestation sociale dans le Rif, depuis l’assassinat du « vendeur de poissons », Mouhsin Fikri, jusqu’à aujourd’hui. Elle suit aussi les formes de solidarité organisées à l’étranger. En plus de sa participation aux formes de protestation organisées hors de la province d’Alhoussima, avec les activistes des marches de Nador et de Midar.

Nawal Ben Aissa

Femme qui a quatre enfants, femme au foyer, âgée d’une trentaine d’années, habite Alhoussima, bachelière et n’appartenant à aucune formation politique, associative ou syndicale. Elle s’engagea dans des initiatives individuelles ou collectives pour aider les malades atteints de cancer.

Nawal Ben Aissa a émergé lors de la marche du 8 mars en tant que leader de la forme de contestation. Et par cela, elle devint un modèle pour les mouvements sociaux et leader des marches et des sit-in, s’exprimant au nom des masses féminines et masculines.

Après l’arrestation des activistes, elle devint le leader et la meneuse qui appelle à la majorité des formes de contestation organisées à Alhoussima-centre, (quartier Sidi Abed). Elle joua un rôle au niveau de la sensibilisation de la population au travers de la diffusion directe par Facebook. Elle fut une figure féminine notoire dans les médias nationaux et internationaux.

Elle reçut des encouragements en raison de son audace et de son courage qui cassent les tabous de la société masculine, et fut aussi objet d’accusation de critiques, de rumeurs et de trahisons.
Elle a été condamnée par le tribunal de première instance d’Alhoussima à 10 mois de prison avec sursis et à une amende de 500 Dh le 15 février dernier.

Salima « Silya » Ezzayani

Jeune âgée de vingt ans, habitant Imzouren, province d’Alhoussima. Elle n’a pas pu terminer ses études à l’Université Mohammed 1 à Oujda, spécialité « Etudes amazighes » pour des raisons financières. Elle s’est orientée vers la chanson amazighe et le théâtre. Au début, elle fut une simple participante et informatrice sur les protestations qu’elle diffusait via le Facebook, en direct. Par la suite, elle devint, avec le détenu Nabil Ahamjiq, responsable de slogans. Suite aux arrestations, elle opta, à côté de Nawal Ben Aissa, à sensibiliser les masses pour que la protestation continue, en dépit des arrestations. Elle fut arrêtée avec des centaines de manifestants à la prison d’Oukacha, le 5 juin 2017.

La détenue a souffert, au sein de la prison, de crises psychologiques et de nerfs, en raisons des pressions qu’elle a subies dans la prison et au poste de police. Sa situation mobilisa la rue marocaine et internationale et la contestation sur Facebook. Elle obtint le titre de « rossignole de la contestation populaire ».  Elle fut la seule détenue parmi les détenus de la prison d’Oukacha, qui a bénéficié de la grâce royale à côté de quelques activistes de la contestation populaire dans les autres prisons ainsi que les détenus de Nador lors de la fête du fin du ramadan (aid el fitre), le 23 juin 2017.

Warda Elajjouri

L’activiste Warda Elajjouri est enseignante du primaire dans la province d’Alhoussima, âgée de 30 ans. Elle poursuit ses études à la faculté pluridisciplinaires de Nador, branche du droit général. Elle est syndicaliste. Elle a veillé, depuis le début de la contestation, à concilier entre sa fonction et son devoir de participer à la contestation et elle a réussi. Suite à la période des arrestations, elle a pris en charge de rendre visite aux familles de détenus pour les soutenir, apportant des sourires par des cadeaux et les sorites sociales.

Mère de Mohamed Jalloul

Himout ou Ourhimou Jalloul, âgé de soixante ans, veuve avec six enfants, n’est pas scolarisée, habite à Béni Bouayyach, mère du détenu Mohamed Jalloul, arrêté lors des événements du 20 février à Béni Bouayyach. Il purgea cinq ans de prison et un mois. Deux mois après sa libération, il devint le premier détenu de la contestation populaire.
La mère du détenu est apparue avant et après sa libération, en tant que figure rifaine ayant un poids sur l’opinion publique et revendiquant la libération de son fils à côté de la femme du détenu, Souad et sa fille Houda Jalloul.

La mère de Nacer Zefzafi

Zoulikha, mère du leader de la contestation, fait partie des participantes aux formes de contestation dans la région, de manière irrégulière. Mais suite à l’arrestation de son fils, elle devint la locomotive des marches au côté des mères, des sœurs et des épouses des détenus, revendiquant leur libération. Mais sa maladie de cancer l’a empêché d’assister aux conférences organisées au niveau national sur la protestation et les médias nationaux et internationaux.

La mère de Nabil Ahamjiq

Ghaliyya Bouwghroum, mère de six enfants, veuve, a tenu à être présent à côté des mères des détenus dans les différentes initiatives nationales et locales pour soutenir la liberté de son fils et des autres détenus. Elle a supporté les turpitudes du voyage hebdomadaire d’Alhoussima à Casablanca.

Bouchra Elyahyaoui

Activiste parmi les activistes de la contestation populaire à Imzouren, elle est la fiancée du détenu Wasim Elboustawi, âgée de vingt ans, n’ a pas poursuivi ses études à l’université Mohammed 1 à Oujda, suite au décès de son père, étudiante et en chômage qui fait partie des activistes d’Imzouren en tant que leader et meneuse des formes de protestations qu’a connu Imzouren. Elle a reçu des convocations émanant de la police, suite à son « live » qu’elle a partagé sur Facebook, relatif à la liberté du détenu Wasim Elboustani et des autres détenus. Son jugement fut reporté et est poursuivie, actuellement, dans le cadre d’une libération conditionnelle.

J’ai procédé à l’énumération des participantes notoires, et ceci n’exclut pas les autres activistes. Je n’ai pas eu l’occasion de m’entretenir avec d’autres et communiquer avec elles, telle Zahra et les épouses des détenus, puis Houda Jalloul et d’autres. Cette énumération ne signifie pas que les femmes des autres régions du Rif sont exclues. Au contraire, les femmes de Nador ont également participé dans les formes de protestation organisées dans la ville, en dépit de leur nombre limité.   Les femmes d’El Aroui sont aussi sorties lors de marches, suite aux arrestations, en présence de Nawal Ben Aissa et d’autres. En plus des femmes rurales, tel le village de Tamassint qui ont organisé une manifestation sans présence des hommes, dans un lieu isolé, en raison de la nature de la société dans cette zone.

Je conclue en disant que la sortie de la femme dans les formes de manifestations qu’a connu le Rif et son leadership ont permis de changer les mentalités et la vision masculine dans la région. La femme est désormais vue comme actrice de l’espace publique et de l’espace virtuelle et non comme femme de foyer. Mais le changement radical de cette mentalité, demande à ce que les femmes s’activent à différents niveaux (enseignement, médias, société civile, éducation…). On s’interroge si la protestation sociale dans le Rif a contribué au changement de la situation de la femme ? Ou sa situation est restée stagnante ? Est-ce que la femme rifaine est capable d’assumer la responsabilité de sa libération de cette mentalité et du devoir de changement à différents niveaux ?

Réalisation : Karima Ouali – chercheuse.

Traduit de l’arabe par Moha Moukhlis.

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