"Après l'officialisation de leur langue, les Amazighs ont-ils encore un avenir ?"

Publié par Rédaction Amazigh 24 le mer 21/11/2018 - 19:33

Pour ses vingt-cinq ans, Tamazgha organise un grand débat avec Salem Chaker, à Paris le 1er décembre 2018. La conférence est intitulée "Après l'officialisation de leur langue, les Berbères ont-ils encore un avenir ?"

Samedi 1er décembre 2018 à 15h30

Salle des Fêtes de la Mairie du 14ème

12, rue Pierre Castagnou (anciennement rue Durouchoux) 75014 Paris

Métro : Mouton Duvernet, Pernéty, Denfert-Rochereau (lignes : 4, 6, 13 et RER B)

"Après l'officialisation de leur langue, les Berbères ont-ils encore un avenir ?"

Par Salem CHAKER,
Professeur émérite à l'Université d'Aix-Marseille.

Derrière ce titre provocateur, on voudrait attirer l'attention, et inciter à la réflexion et au débat, sur la situation paradoxale des Berbères dans l'Afrique du Nord contemporaine, tout particulièrement sur l'avenir du paramètre fondamental de leur identité : leur langue.

La reconnaissance du berbère comme "langue officielle" par les constitutions marocaine (2011 : "amazighe") et algérienne (2016 : "tamazight"), qui fait suite à des décennies de lutte et de revendication, est-elle de nature à assurer sa pérennité, sa transmission et son développement ?
Ou au contraire n'est-elle qu'un leurre symbolique, qui marque le "début de la fin", dans le cadre d'une stratégie politique de neutralisation par "nationalisation" et dépossession ?

Pour répondre à cette question, on doit nécessairement revenir aux fondamentaux, et ne pas se contenter de l'écume des discours, des textes officiels ou militants.
Qu'est-ce qu'une langue ? Quelles sont les conditions de sa pérennité ? Quel est le contexte global – démographique, sociologique, idéologique et politique, sociolinguistique – de la langue berbère ?...

L'examen de tous ces paramètres objectifs n'incite pas à l'optimisme. Une langue minoritaire et minorisée depuis des siècles ne peut survivre par le seul fait de l'officialité, même constitutionnelle. En l'occurrence, "dire n'est pas faire".
Le cas du gaélique, première langue nationale dans la constitution de la République d'Irlande, invite à ne pas prendre des vessies pour des lanternes. Les dynamiques réelles à l'œuvre travaillent toutes dans le sens de la régression du berbère.

Dans le cadre d'États fortement centralisés, autoritaires et enracinés dans un projet idéologique unanimiste, ancré à la fois dans l'arabo-islamisme et le jacobinisme français, "l'officialité" du berbère ne peut être qu'une mystification politique. Il en va d'ailleurs de la langue, comme de tous les autres droits, nombreux, expressément inscrits dans les constitutions de ces pays : liberté d'opinions et d'expression, liberté religieuse, égalité des sexes…

Si les Berbères veulent continuer à exister en tant que communautés linguistiques, s'ils ne veulent pas finir dans le registre "nos ancêtres les Gaulois", ils doivent s'en donner les moyens, qui sont d'abord politiques. Tout le reste n'est que (mauvaise) "littérature"…

 

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