Rif : les discriminations et la répression doivent cesser

Lors de la récente crise entre les Etats arabes du Golfe, le Maroc a décidé de voler au secours du Qatar en envoyant plusieurs tonnes de nourriture à ce pays « frère » qui n’a rien demandé et qui n’ a que faire de « l’ aide humanitaire » marocaine pour cause de sa richesse plus de 20 fois supérieure à celle du Maroc par habitant. De même, comme d’autres Etats arabo-islamiques, le Maroc verse chaque année plusieurs dizaines de millions de Dollars au peuple palestinien « frère ». Cette générosité marocaine pourrait être valorisante pour l e Maroc et une source de fierté pour ses habitants si elle était fondée sur les valeurs d’humanisme et non sur une base raciale et religieuse. En effet, de manière non équivoque, l ’Etat marocain agit clairement et prioritairement en fonction de son appartenance proclamée à l’aire « arabo-islamique » , au détriment du peuple autochtone amazigh du Maroc.

L’exemple du traitement inique infligé depuis des décennies au Rif ( nord - Maroc) est révélateur du racisme de l’Etat marocain envers les Amazighs en général et des Rifains en particulier. Si l’on considère uniquement la période post indépend ance (1956) , on observe que les rifains n’ont jamais cessé de subir différentes formes de discriminations, de mépris, de marginalisation économique, sociale et politique et de graves violences exercées par et au nom de l’Etat. Lorsque les forces de police ou de gendarmerie frappent les citoyens Rifains au cours de manifestations pourtant pacifiques, elles y mettent encore plus de haine et de brutalité qu’ailleurs au Maroc. Des générations entières n’oublient pas, n’arrivent pas à oublier les attaques sauvages, avec utilisation d’armes de guerre par les forces gouvernementales marocaines contre le peuple rifain , notamment en 1958 - 1959 et en 1984. Au Rif particulièrement, les actes de répression sont graves et ont un caractère répétitif. On peut citer les exemples d es lourdes et injustes condamnations à des années de détention arbitraire des jeunes manifestants liés au mouvement dit « du 20 février 2011 », les morts calcinés retrouvés dans une agence bancaire de Taghzut (Elhocima) en mars 2011, et la mort tragique du marchand de poissons Mohsen Fikri le 31 octobre dernier, écrasé dans une benne à ordures après un o rdre lancé semble t - il par un policier : « th’en mmu ! » (broie sa mère) . Ces actes ignobles s’apparentent à des punitions aveugles contre les Rifains. Et comble du mépris, les responsables de l’homicide de Mohsen Fikri, n’ont été condamnés qu’à 5 à 8 mois de prison et 500 DH (50 €) d’amende. Au Maroc, les lourdes peines sont réservées aux citoyens amazighs innocents et les criminels bénéficient de peines symboliques. C’est une injustice intolérable et une provocation qui a pour effet de cultiver la rancœur du citoyen envers le Makhzen. Et lorsque le citoyen ose élever la voix pour protester contre tant de mépris, on lui oppose des forces anti - émeutes par milliers, avec la consigne de frapper fort sans distinction hommes, femmes, enfants et les personnes âgé es, comme c’est le cas depuis des mois à Taghzut (Elhocima). Et pour faire taire le cri de colère du peuple, on rafle les contestataires pour les jeter en prison, après des simulacres de procès. La ville de Taghzut est aujourd’hui quadrillée jour et nuit p ar des centaines de policiers et toutes ses entrées sont contrôlées par plusieurs barrages de policiers et gendarmes, faisant de Taghzut une ville assiégée.

Forces anti - émeutes sur le pied de guerre

Forces anti - émeutes sur le pied de guerre

Sur le plan socio-économique, le mouvement de la société civile rifaine et récemment le mouvement popul a ire de Taghzut (Elhocima) n’ont cessé d’interpeller les gouvernements sur le déficit criant d’infrastructures économiques, sociales et culturelles, preuve que l’Etat a abandonné le Rif depuis très longtemps. Même les usines héritées de l’époque espagnole ont disparu et jamais remplacées et les meilleures terres sont laissées au libre jeu de la spéculation foncière. La culture du cannabis pratiquée localement ne profite pas aux cultivateurs mais seulement à quelques barons du trafic de la drogue et à la corruption de quelques responsables de l’administration chargés du contrôle du narcotrafic. Ne voyant rien venir de « leur Etat » et face à la pauvreté de leurs montagnes, les Rifains n’ont pas eu d’autre choix que de s’exiler en Europe pour gagner le pain de leur dignité. Aujourd’hui, il est facile de constater que le Rif a vécu et continue de vivre surtout grâce aux revenus transférés par ses émigrés.

La place centrale de Taghzut dénommée place d es martyrs par les citoyens , sous occupation policière

La place centrale de Taghzut dénommée place des martyrs par les citoyens , sous occupation policière

Le Rif, considéré par le Makhzen comme faisant partie du « bled essiba » (pays sauvage) a de fait, vécu en marge du Maroc, se débrouillant seul pour survivre. Le principal rôle des autorités marocaine s fut de mettre cette région sous surveillance . Dès lors, on comprend qu’il est difficile pour un Rifain de se sentir marocain à part entière. Dans ces conditions, que doit faire l’Etat marocain pour se réconcilier avec le Rif ? Comment obtenir l’adhésion des Rifains au Maroc ? Pour cela, il nous parait indispensable et urgent de mettre un terme à la politique répressive contre les citoyens Rifains et entreprendre une vaste politique de réparation des fautes historiques et des blessures infligées par le M akhzen au Rif. Plus précisément, le Congrès Mondial Amazigh recommande :

- La levée immédiate du blocus policier qui existe actuellement dans la ville de Taghzut (Elhocima),

- Les prisonniers du mouvement populaire du Rif étant des innocents, il n’est pas opportun de leur accorder une grâce royale mais tout simplement leur libération immédiate, leur réhabilitation et la réparation des dédommages matériels et moraux qu’ils ont subis,

- La réhabilitation et la réparation des dommages matériels et moraux pour les détenus du mouvement dit du « 20 février »,

- La présentation des excuses du gouvernement aux victimes de la répression,

- La fin des harcèlements policiers à l’encontre des citoyennes et citoyens du Rif et le rétablissement des libertés publiques, notamment celle de s’exprimer et de manifester librement,

- Mettre un terme immédiatement aux actes et propos mensongers et stigmatisants pour les Rifains,

- La mise en œuvre d’un grand programme de rattrapage économique et social pour toute la région du Rif,

- La mise en place d’une véritable autonomie pour la région du Rif, avec une assemblée et un exécutif désignés par des élections libres et transparentes.

Afin de solder positivement le différend historique qui existe entre le Rif et le Makhzen et ouvrir une nouvelle ère que nous souhaitons basée sur la confiance, il nous semble nécessaire que l’institution royale au nom de l’Etat marocain, demande solennellement et officiellement pardon au peuple Rifain.

Par ailleurs et concernant la langue amazighe, nous demandons instamment la mise en œuvre effective de son caractère officiel dans l’administration y compris les entreprises publiques, la justice et l’éducation nationale, avant la fin de l’année 2017. Sur ce sujet, la Constitution du pays ne peut pas continuer à être violée et les droits des Amazighs à leur langue bafoués.

Si le pouvoir marocain souhaite sincèrement trouver une issue favorable à la crise rifaine, il doit agir d’urgence en faisant cesser le racisme et les discriminations anti-amazighs, en rétablissant les Rifains et les Amazighs du Maroc dans leurs droits, tous leurs droits et en leur manifestant respect et considération.

Paris, 16/07/2967 – 28/07/2017 P/ Le Bureau du CMA Kamira Nait Sid, Présidente Congrès Mondial Amazigh – Organisation Internationale Non Gouvernementale JO Rép. Fr. du 18/10/96 – Siret 402 775 720 00012