Pour un véritable musée de la Kabylie

Publié par Rédaction Amazigh 24 le sam 03/11/2018 - 18:36

Une vingtaine de militants se sont réuni(e)s le samedi 29 septembre 2018 à Paris pour discuter de la question de l’instrumentalisation de la mémoire de Lounès Matoub par l’Etat algérien qui a négocié avec des membres de sa famille la création d'un Musée Matoub Lounès.

La question qui se pose est la création d'un musée authentique, d'un mémorial pour la Kabylie. Un espace approprié y serait consacré à Matoub Lounès au même titre que tous les illustres personnes qui ont fait la Kabylie, l'ont mérité par leurs actions.

En revanche ce lieu ne devrait pas abriter les crânes des chefs kabyles exécutés, toujours conservés au Louvre qui devront être remis aux instances dirigeantes de la Kabylie à savoir l'Anavad et rejoindre un Panthéon kabyle.

En juillet 1857, les tribus de Kabylie ont été décimées par les canons et les baillonettes de l'armée impérialiste française. La capture de Lalla Fatma N’Soumer a mis un terme à la première résistance. Les Kabyles n'auront de cesse de se soulever plusieurs fois encore jusqu’en 1871, l'année des déportations.

Les restitutions des musées français doivent prendre en compte les oeuvres d'art et objets spoliées à remettre au Musée de Kabylie.

Ce lieu de mémoire se conçoit d'abord comme accessible au peuple kabyle en Kabylie. Les recettes ne peuvent en aucun cas servir de légitimité ou de rente au régime colonial algérien.

Pour l'heure, l'association Tamazgha vous convie à une réunion publique le samedi 10 novembre 2018 à 18h30.

Communiqué - Lounès Matoub, la mémoire bafouée !

DECLARATION – APPEL

“Je vais dire, mais je veux vivre aussi !” déclara Matoub, lors de son dernier Zénith à Paris en 1998. Nous refusons de croire que vivre pour Matoub voulait dire : se voir octroyer honteusement un musée par ceux-là même qui l’ont mitraillé, dénigré et assassiné.

Lounès Matoub a lutté pour la liberté de son peuple, la reconnaissance de sa langue, la promotion de sa culture et le respect de la vie humaine. Son espoir de voir son peuple libre, s’étendait naturellement à l’ensemble de Tamazgha. Ses idées ont indiscutablement une vocation universelle. Son combat est le nôtre. Sa conviction nous anime toutes et tous. Continuer à ouvrir ce chemin de liberté est pour nous “le testament de Lounès Matoub” dont nous revendiquons légitimement l’héritage.

Notre volonté à perpétuer sa mémoire et à transmettre son message de paix et de liberté est un fondement solide. N’est-ce pas lui qui disait : “Il faut véhiculer la mémoire, il faut la véhiculer positivement...”

Le combat du barde de la chanson engagée n’est pas un combat orphelin, Lounès a puisé son éveil identitaire dans les sacrifices de ses aînés, à l’instar de Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Masin U’Haṛun.

C’est conscients de la noblesse et la justesse de l’engagement de Matoub Lounès, à travers sa poésie tranchante et transcendante, mais aussi à travers son implication militante, que nous considérons, sans équivoque, que notre rôle principal réside dans notre capacité à poursuivre ce combat pacifique avec dignité et sérieux.

Continuer à se soulever contre la dictature, soutenir les militants des droits de l’Homme, rester unis et convergents lorsque nos langue et culture ainsi que la mémoire de nos symboles sont menacées est sans doute la meilleure manière d’honorer Lounès Matoub et, à travers lui, les femmes et les hommes victimes de la barbarie étatique.

Le seul musée qui mérite d’être édifié, c’est un musée de l’honneur et de la dignité, c’est un musée qui doit être conforme aux idéaux que Lounès défendait. Sûrement pas un musée financé par ceux-là même qui ont essayé de bâillonner sa voix de liberté.

Matoub a été liquidé sauvagement par “le pouvoir assassin” pour reprendre la formule du peuple kabyle. On ne peut pas accuser et blanchir les mêmes personnes à la fois. Cela, relèverait de l’inconscience, voire de la schizophrénie. La capacité de nuire de ces monstres ne doit pas l’emporter sur la grandeur d’un homme qui aimait tant la vie, mais qui a placé le devoir de mener une mission noble au-dessus de son propre confort.

Le sens du confort ne doit pas l’emporter sur le sens de l’honneur. Perpétuer le combat des justes doit se répandre massivement sur la surface instable de l’oubli et de l’indifférence qui, à terme, effaceront la mémoire individuelle et collective.

“C’est parce que nous avons le sens très précis de l’honneur, du courage et de la vertu”, pour reprendre une formule de l’illustre Mouloud Feraoun, que nous appelons l’ensemble des Kabyles, des Amazighs et toutes les forces vives, à se joindre à notre voix pour dire tout simplement : nous refusons que la demeure de Matoub soit profanée par un projet qui viserait à isoler le rebelle des siens, un projet qui viendrait souiller sa mémoire et, finalement, une démarche qui va à l’encontre de l’homme digne, du poète courageux et du militant incorruptible.

Accepter l’édification d’un musée qui, de surcroit, inclurait sa demeure, par un financement venant de criminels, c’est accepter que le pouvoir criminel prenne la place de la victime et que le peuple devienne assassin.

Identifions-nous à cet adage de nos aïeux : “axiṛ ajellab n tmurt-iw wal’axelxal abeṛṛani”.

Lors de la réunion qui a eu lieu à Paris le 29 septembre 2018, il a été suggéré l’organisation d’un rassemblement à Paris pour dénoncer les tentatives d’instrumentalisation de la mémoire de Lounès Matoub par l’Etat algérien et exprimer notre rejet de la mascarade de musée annoncé par les autorités algériennes. Pour la concrétisation de cette action, il est fait appel à l’ensemble des acteurs concernés, notamment celles et ceux qui résident en région parisienne, de se joindre à nous afin d’en débattre et définir collectivement les modalités d’organisation de cette action. C’est l’occasion également de débattre de la question de la mémoire de Lounès Matoub de manière générale.

Nous invitons l’ensemble des acteurs amazighs (militants, artistes, responsables associatifs,…) à la réunion qui aura lieu le samedi 10 novembre 2018 à 18h30 à l’adresse suivante :
12, rue Moulin des Lapins – 75014 Paris Métro : Pernéty (Ligne 13)

Paris, le 20 octobre 2018.

Crânes des chefs résistants kabyles au Musée du Louvre