Azawad : halte au massacre des Touaregs !

Lettre du Congrès Mondial Amazigh à M. Emmanuel Macron, Président de la République française
et à M. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU

Monsieur Le Président de la République française,
Monsieur le Secrétaire Général de l’ONU

Malgré la signature en 2015 de « l’accord pour la paix et la réconciliation », les populations de l’Azawad n’ont jamais cessé d’être confrontées à un contexte particulièrement tragique. Le rapport conjoint de la Minusma et du Haut Commissariat aux droits de l’homme* fait état de plusieurs milliers de victimes d’exactions en tous genres (séquestrations, détentions illégales, coups et blessures, violences sexuelles, assassinats…). Le mois d’avril 2018 a été particulièrement meurtrier pour les populations civiles Touarègues dans la région de Ménaka où plusieurs dizaines de personnes dont des femmes, des enfants et des personnes âgées, ont été lâchement assassinées dans leurs campements. Ces abominables crimes ont été semble t-il perpétrés par des groupes djihadistes armés.
Cette situation alarmante soulève notre profonde indignation notamment parce que ce sont les civils qui en payent le prix fort. Des groupes armés islamistes se réclamant d’Al-Qaida ou de Daesh se sont réinstallés dans la région avec des complicités locales connues, d’Alger à Bamako. L’Azawad est devenu un espace où semble régner la loi de la jungle, en présence des forces armées et de sécurité maliennes et des forces internationales (Minusma, Barkhane, G5-Sahel…). D’après les informations crédibles jamais démenties par les faits, le gouvernement malien n’hésite pas à faire appel à des « milices tribales » employées comme mercenaires qui prêtent main forte à l’armée gouvernementale pour combattre les habitants de l’Azawad et particulièrement les Touaregs. Cela soulève de légitimes questions concernant le but, le rôle et l’efficacité des forces notamment étrangères qui n’ont ramené ni paix ni développement dans la région. Pendant ce temps, les populations locales vivent dans la plus grande détresse et le calvaire des réfugiés dans des camps installés dans les pays voisins (Mauritanie, Niger, Burkina-Faso) perdure.
Nous sommes convaincus que le retour à une paix durable passe d’abord par l’éradication des groupes salafistes-djihadistes et autres malfaiteurs dans l’Azawad et dans toute la région sahélo-saharienne. Cependant, cet objectif ne peut être atteint sans l’implication effective des représentants légitimes de l’Azawad dans le dispositif sécuritaire, comme le prévoit d’ailleurs l’accord pour la paix et la réconciliation. Cela nécessite également une adhésion et une collaboration sincères des Etats de la région, ce qui n’a jamais été le cas jusqu’à présent.
Plus globalement, les populations locales attendent impatiemment le règlement définitif de la question de l’Azawad. Dans ce but, il est primordial d’identifier et de sanctionner les parties prenantes qui font obstacle à la restauration de la paix et au retour à une vie normale dans ce territoire.
Dans l’immédiat, nous vous demandons instamment, Monsieur le Président, Monsieur le secrétaire général, de bien vouloir agir urgemment afin de mettre un terme aux exécutions sommaires dont sont victimes les populations de l’Azawad. Nous vous exhortons à mettre les populations civiles à l’abri des violences arbitraires de groupes sans foi ni loi, conformément aux missions de la France et de l’ONU au Mali.
En espérant vivement que notre appel soit entendu, nous vous assurons, Monsieur le Président de la République française, Monsieur le secrétaire Général de l’ONU, de notre haute considération.
Paris, 6 mai 2018
Le Bureau du CMA.
* Droits de l’homme et processus de paix au Mali (Janvier 2016 – Juin 2017), rapport Minusma-Haut Commissariat aux droits de l’homme, février 2018.