Bataille de Lahri - Hommage aux martyrs de la résistance amazighe

Ali Khadaoui
18 novembre 2013

L’Association Amghar commémore le 99ème anniversaire de la bataille Lahri

A l’occasion du 99ème anniversaire de la bataille de Lahri, l’Association Amghar sise à Khénifra au Maroc a organisé une sortie sur les lieux de cette célèbre bataille qui s’est déroulée à une dizaine de kilomètres de Khénifra le 13 novembre 1914 afin de commémorer cet événement glorieux et rendre hommage- devoir de mémoire oblige- aux martyrs de cette épopée réalisée par les tribus Izaianes et avoisinantes contre l’une des plus grandes puissances coloniales de l’époque.

Cette bataille a montré une fois de plus que l’attachement à la terre et à la liberté sont les motivations de la bravoure et du courage, conditions de la victoire contre tout arsenal militaire aussi sophistiqué qu’il soit. En effet, les populations civiles des tributs Izaianes et avoisinantes, avec des moyens dérisoires, essentiellement des fusils traditionnels à un seul coup et des poignards, ont infligé une défaite cuisante aux forces françaises sous le commandement du colonel Laverdure lui-même tué sur les lieux de la bataille.

Pour faire la lumière sur cet événement historique particulier en souvenir des centaines de martyrs tombés aux champs d’honneurs ce jour-là, plusieurs exposés oraux ont été faits. Ali Khadaoui, en se basant essentiellement sur les témoignages de beaucoup de rescapés et sur la poésie qui a immortalisé cet événement, a rappelé les circonstances et le déroulement des opérations au cours de cette journée mémorable. Il a précisé que cette bataille s’est déroulée sur deux phases : la première concerne l’assaut surprise donné à l’aube par l’armée française contre le campement de Moha Ouhammou Azayi avec l’objectif de le capturer ou de le tuer. Mais ce dernier réussit à s’échapper grâce à l’intelligence de sa première femme Itto qui le déguise en mendiant et le fait passer entre les lignes de l’ennemi. Ainsi, l’alerte est donnée, et la deuxième phase de la bataille commence avec l’arrivée en masse des combattants de toutes parts, qui affrontent héroïquement le feu de l’ennemi et taillent en pièce toutes les colonnes françaises, faisant 613 morts parmi les soldats, 33 officiers dont le commandant en chef Laverdure.

Mohamed Zeroual, quant à lui, a situé cette bataille dans le contexte international et national de l’époque. Il a rappelé le cheminement des visées des puissances coloniales sur le Maroc depuis le 19è siècle, en précisant que les pressions diplomatiques et économiques exercées sur le pays n’avaient d’autres objectifs que la préparation de l’invasion qui intervient ultérieurement. Cette invasion a débuté par l’oriental et puis par l’ouest, la Chaouia notamment en 1908 avec la bataille de Médiouna à laquelle avaient participé déjà les cavaliers Izaianes. En outre, Tijani Saadani a expliqué, à travers la documentation française, que la décision d’attaquer le campement de Moha Ouhammou Azayi a été une décision personnelle du colonel Laverdure et non celle du Résident Général au Maroc qui avait donné l’ordre de maintenir les postes avancées sans toutefois engager d’opérations militaires contre les insoumis. Il a ajouté que l’engagement de la France dans la Première Guerre Mondiale, ainsi que l’espoir d’amener les tributs à déposer les armes par la négociation expliquent cette décision. Après avoir éclairé différentes zones d’ombre des circonstances et du déroulement de cette bataille- toujours selon la version des français- il a cédé la parole à Abdelkrim Lemslem, petit-fils de Mohammed N Moha Ousalem, l’un des martyrs de cette fameuse bataille, dont la babouche utilisée par sa femme pour arrêter l’hémorragie de son frère -qui a tout de même succombé à ses blessures- est toujours conservée par ses descendants et présentée lors de cet exposé. L’intervenant a présenté le territoire, sa morphologie géographique et humaine ainsi que les structures sociales, politiques et culturelles des tributs Izaianes. Il a mis en exergue les caractéristiques particulières et le fonctionnement du pouvoir dans cette région où Moha Ouhammou Azayi s’est imposé comme chef politique et militaire avisé, avec un projet national, ce qui a justifié la concentration du gros des forces militaires sur Khénifra et la région du Moyen-Atlas.

Cette sortie intervient dans un contexte marqué par l’instrumentalisation d’une certaine histoire à des fins idéologiques par l’Etat qui, au lieu d’honorer les héros de cette bataille, les a humiliés à titre posthume. Et pour preuve, le Haut Commissariat aux Anciens Résistants et Anciens Membres de l’Armée de Libération a placé, au pied de l’unique mémorial du soldat inconnu érigé par les Français sur une colline surplombant le lieu de la bataille, une liste incomplète et illisible des martyrs de la bataille. Décision intentionnée ou légèreté irresponsable? Dans les deux cas, cette erreur monumentale est une insulte à la mémoire de tous ceux qui ont donné leur vie pour l’indépendance de ce pays. L’histoire officielle occulte encore la vraie résistance et nos héros attendent encore la connaissance et la reconnaissance que leur doivent les générations de l’après indépendance. Par patriotisme et honneur, ils ont tout sacrifié sans rien attendre en retour. Ils ont écrit l’histoire avec leur sang et dans le mépris total de la mort en signe de fidélité à leurs idéaux de liberté et de dignité. N’est-ce pas une aberration de l’histoire, que ces héros de la nation attendent encore la reconnaissance de l’Etat ?

Toutes les nations du monde glorifient et célèbrent leurs héros, alors que chez nous tout est fait pour passer sous silence les symboles de la fierté nationale : l’histoire de la résistance armée amazighe et ses 700.000 martyrs, ainsi que celle des combattants de l’armée de libération.

Ali Khadaoui et Tijani Saadani

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