Giacomo MOLINARI dit Ahmed, un résistant de l'ombre

Publié par Bouhamam Arezki le jeu 02/06/2016 - 09:51

Pour ceux qui ne l’ont pas côtoyé ou connu, Molinari Ahmed fils de Mohamed, orphelin de père à l'âge de cinq années, cet homme a été élevé par les Soukehal, ses oncles maternels. Avec ses frères et sœurs, ils ont vécu modestement mais dans la dignité. Dignité qu'ils ont acquise de par leur appartenance à ces Maghraouas rebelles qui ont préféré la mort en décembre 1852 à la vie de luxure et d'esclavagisme qu’avait imposé le colonialisme Français.

Son père Mohamed est le premier fils de Giacomo Molinari, Italien de Cavagnano, principauté de Milan, royaume d’Italie. Giacomo Molinari dit Ahmed, architecte de son état, avait épousé la religion musulmane et s'est marié avec une valeureuse Laghouatie. La ville de Laghouat a de tout temps constitué un rempart imprenable contre l'occupation française et n'a plié qu'au terme de nombreuses attaques au cours desquelles les trois quart de sa population ont été exterminés.

Le combat a perduré sous le commandement du résistant (anazbay) Bennacer Benchohra qui n'a jamais abdiqué durant 41 années de résistance non stop. Considéré comme Français et non pas comme indigène musulman, Molinari Ahmed qui avait pris le nom de Soukhal, par amour pour l'Algérie qu'il avait chéri plus que tout, était un personnage très respecté, célèbre pour sa droiture et sa gentillesse. Une aura se dégageait de lui. Notable il l'était à sa manière, érudit il l'était encore plus, les jeunes, les vieux, les moins jeunes tout le monde cherchait sa paisible compagnie. Il était adulé par toute la population Laghouatie. L'état nominatif des propriétaires de Laghouat atteints par le séquestre en exécution de l'arrêté du gouverneur général du 25 Janvier 1853.

L'armée coloniale avait eu vent que le jardin des Soukehal était un lieu de passage pour les résistants (inezbiyen), elle installa à bon escient un casernement et/ou/un poste tout près de celui-ci pour filtrer les vas et viens. On ne sait, à ce jour, par quel moyen Soukehal Ahmed, détourna un Harki qui faisait partie de ce campement au profit des Moudjahidines et de la révolution. Une taupe a été installée. Pour ceux qui, encore vivants, pouvaient encore s’en souvenir, l’annonce de la mort en décembre 2009 de celui qui, comme tant d’autres, avaient fait don de leurs jeunesses pour libérer le pays du joug colonial; Soukehal Hadj Ahmed dit Taleb, puisque c’est de lui qu’il s’agit, était la cheville ouvrière et le pont inexpugnable par où transitaient toutes les liaisons avec les Moudjahidines et leurs responsables qui l’ont choisi à bon escient pour être leur passerelle, leur gué et le réceptacle idoine qui récolterait à ses risques et périls au milieu d’une faune d’affidés au colonisateur, armes, munitions, habits et renseignements. De fait, ceux-ci et quelques autres à présent disparus, connaissaient bien le passé révolutionnaire sans taches et sans reproches de Hadj Taleb, tandis que la plupart des parents, voisins et amis savaient que le défunt fut un infatigable Fidai et un nationaliste de la 1 ère heure. Et ce n’était pas banal que d’avoir eu le privilège d’avoir servi à ce niveau de responsabilité en consacrant toute sa vie à son pays côtoyant tous les hauts responsables de la wilaya 5 et 6 et ceux du FLN de l’époque à qui il consacra toute sa vie et son énergie qui ne lui vouaient que respect et déférence.

Visiblement, l’anonymat et la discrétion qui avaient donc jusqu’ici caractérisé le passé militant de l’homme et l’émotion qui avait afflué chez tout un chacun à l’annonce de son décès, a provoqué chez ceux qui l’ont connu et apprécié, une vive émotion qu’ils avaient tous du mal à contenir. Les ‘’anciens des années de feu’’ se reconnaissaient aux marques physiques, parfois aux handicaps très perceptibles, que l’âge et surtout les souffrances du temps de guerre ont fini par imprimer à leur corps. Tous ceux qui ont connu, ou qui ont eu à croiser le regretté disparu, au moins une fois, au cours de leur parcours militant, avant et après l’indépendance du pays, étaient unanimes quant aux qualités de celui que la plupart d’entre les ‘’Laghouatis’’ continuaient d’appeler avec amitié et considération ‘’Taleb’’. Le nom de guerre que le résistant s’était choisi, par référence à sa profession de dispensateur du savoir était plus qu’un pedigree et une marque de visite qui ne le quittait jamais. Il aurait été bien fier d’entendre, là où il est, les hommages si peu circonstanciels que les Laghouatis rendirent sur place, LAGHOUAT L'OMBRE unanimement et tout aussi sobrement que spontanément, de son digne combat et de ses nombreux sacrifices. Au reste, les propos tenus confirmaient, précisaient ou complétaient les informations diverses sur le passé du défunt au gré de rencontres inopinées de gens qui, un jour ou l’autre, avaient partagé avec lui une séquence de son parcours d’un combat qui n’a finit qu’avec son départ sur la pointe des pieds de ce monde. En rapportant ce qu’il avait fait pour son pays, se sera pour lui et ses semblables plus que l’hommage mérité dû à l’un des innombrables résistants (inezbiyen) de l’ombre.

Peut-être serait-ce le moment opportun et surtout l’obligation de sauvegarder un pan de la mémoire du combat de ceux qui ont fait la guerre, l’ont vécue et qui font aujourd’hui l’objet d’occultations diverses. Plusieurs Moudjahidines témoignant pour ce valeureux combattant, considèrent que ‘’l’écriture de l’histoire ne doit pas être seulement la mission des historiens, mais elle doit être l’affaire tous’’.

BOUHAMAM AREZKI

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